Adaptation d’une œuvre majeure de la bande dessinée franco-belge, le film “Valerian et la Cité des mille planètes” portait sur ses épaules les espoirs d’une nouvelle grande saga de science-fiction européenne. Dirigé par un réalisateur français de renommée internationale, le projet, doté d’un budget pharaonique, se voulait une réponse aux blockbusters américains. Pourtant, malgré une ambition visuelle saluée et un succès notable sur son territoire national, le long-métrage n’a pas trouvé son public à l’échelle mondiale, enregistrant des résultats décevants au box-office. Plusieurs années après sa sortie, le cinéaste derrière cette épopée spatiale a livré sa propre analyse des raisons de cet échec commercial, tout en affirmant sa volonté intacte de donner une suite aux aventures de ses agents spatio-temporels.
Les raisons de l’échec de Valerian
Un budget colossal pour un retour sur investissement insuffisant
Le principal obstacle rencontré par le film fut d’ordre financier. Il s’agit de l’une des productions européennes les plus chères de l’histoire du cinéma. Cet investissement massif nécessitait un succès planétaire pour être rentabilisé, un objectif qui n’a malheureusement pas été atteint. Les recettes mondiales, bien que non négligeables, n’ont pas permis de couvrir les coûts de production et de marketing, plaçant le film dans une situation de déficit commercial. L’équilibre financier d’une telle entreprise est toujours précaire et dépend d’une adhésion massive du public, qui a fait défaut ici.
Bilan financier estimé de “Valerian et la Cité des mille planètes”
| Poste | Montant approximatif (en dollars américains) |
|---|---|
| Budget de production | ~ 180 millions |
| Recettes mondiales au box-office | ~ 225 millions |
| Seuil de rentabilité estimé (incluant le marketing) | ~ 400 millions |
Un univers complexe et peu connu du grand public
Si la bande dessinée d’origine est un monument de la culture en France et en Belgique, sa notoriété reste limitée à l’international, notamment aux États-Unis, le marché le plus important pour un blockbuster. Le film a donc dû relever le défi d’introduire un univers extrêmement riche et complexe à un public non initié. Contrairement à des franchises établies comme Star Wars ou les films de super-héros Marvel, “Valerian” partait de zéro dans l’esprit de la majorité des spectateurs. Cette barrière à l’entrée a pu décourager une partie du public potentiel, peu encline à s’investir dans une mythologie entièrement nouvelle sans repères préalables.
Une concurrence féroce au box-office estival
Le calendrier de sortie d’un film est un élément stratégique crucial. “Valerian” a été lancé au cœur de l’été, une période traditionnellement saturée de superproductions hollywoodiennes. Il s’est retrouvé en compétition directe avec des films très attendus, bénéficiant de marques fortes et de campagnes promotionnelles massives. Cette concurrence frontale a probablement contribué à diluer son impact et à limiter sa visibilité, le reléguant au rang de simple alternative plutôt que d’événement cinématographique incontournable de la saison.
L’analyse des chiffres et du contexte de sortie brosse un tableau complexe. Cependant, pour le réalisateur, l’un des facteurs déterminants de cet insuccès se trouve de l’autre côté de l’Atlantique, où l’accueil critique a été particulièrement glacial.
L’impact des critiques négatives aux États-Unis
Une presse américaine particulièrement sévère
Le réalisateur a lui-même pointé du doigt l’accueil reçu par son film aux États-Unis. Il estime que la presse américaine a été injustement dure, publiant des critiques très négatives avant même la sortie internationale du film. Selon lui, cette première vague de retours a créé un précédent défavorable, conditionnant la perception du film bien au-delà des frontières américaines. Le ton employé par certains critiques a été qualifié de “démolition”, se concentrant sur les faiblesses du scénario et du jeu d’acteurs tout en minimisant la portée de l’innovation visuelle et la richesse de l’univers.
L’effet boule de neige sur la perception internationale
À l’ère numérique, l’influence des agrégateurs de critiques comme Rotten Tomatoes ou Metacritic est considérable. Un score faible sur ces plateformes peut rapidement devenir une prophétie autoréalisatrice. Les critiques négatives initiales venues des États-Unis ont été largement relayées par les médias du monde entier, installant un a priori négatif avant même que de nombreux spectateurs aient eu la chance de se forger leur propre opinion. Cet effet d’entraînement a sans aucun doute pesé lourdement sur la performance du film dans de nombreux marchés clés, où le public se fie de plus en plus aux avis en ligne pour guider ses choix.
Au-delà de l’accueil critique, le cinéaste a également reconnu que la manière dont le film a été présenté au public n’était peut-être pas la plus judicieuse, mettant en lumière des lacunes dans la stratégie de communication.
Une campagne marketing inadaptée
Un message promotionnel centré sur le spectacle visuel
La campagne marketing de “Valerian” a massivement misé sur son esthétique révolutionnaire et ses effets spéciaux époustouflants. Les bandes-annonces étaient un déluge d’images spectaculaires, de créatures exotiques et de mondes colorés. Si cette approche a certainement piqué la curiosité, elle a peut-être échoué à une tâche essentielle : raconter une histoire. Le public a eu du mal à comprendre les enjeux du récit, la nature de la menace ou les motivations des personnages principaux. Sans ancrage narratif et émotionnel clair, le spectacle visuel, aussi impressionnant soit-il, peut laisser le spectateur indifférent.
Une difficulté à définir et à atteindre la cible
La promotion du film a semblé hésiter sur le public à viser, ce qui a pu brouiller son identité. Le film tentait de séduire plusieurs segments démographiques sans jamais en convaincre pleinement aucun. Parmi les cibles potentielles, on peut citer :
- Les fans de la première heure de la bande dessinée, un public de niche.
- Les amateurs de science-fiction “hardcore”, peut-être rebutés par le ton plus léger et coloré.
- Le public familial, qui a pu trouver l’univers trop complexe ou certains thèmes trop matures.
- Les adolescents et jeunes adultes, cible principale des blockbusters, qui n’ont pas forcément accroché aux personnages principaux.
Ce manque de focalisation a rendu le message marketing diffus et a empêché le film de créer un véritable élan populaire autour de sa sortie.
La stratégie de communication n’est pas le seul choix interne ayant eu un impact. La sélection des acteurs pour incarner les héros a également été perçue comme un pari audacieux qui n’a pas entièrement porté ses fruits.
Le casting : un pari risqué
Des têtes d’affiche au pouvoir d’attraction limité
Pour porter un projet d’une telle envergure, les studios misent souvent sur des stars à la “bankability” éprouvée, c’est-à-dire des acteurs dont le nom seul suffit à attirer les foules en salles. Le choix des deux acteurs principaux, bien que populaires auprès d’un public jeune, ne représentait pas une garantie de succès au box-office mondial. Ils manquaient peut-être encore de la stature et de la reconnaissance nécessaires pour rassurer les investisseurs et convaincre le grand public de parier sur une franchise totalement nouvelle. Ce choix, perçu comme risqué, n’a pas généré l’engouement escompté, notamment sur le marché nord-américain.
Une alchimie à l’écran qui n’a pas convaincu
Au cœur du récit se trouve la relation entre les deux protagonistes, un duo de partenaires dont la dynamique mêle professionnalisme, chamailleries et romance naissante. Malheureusement, de nombreux critiques et spectateurs ont estimé que l’alchimie entre les deux comédiens n’était pas assez palpable à l’écran. Ce manque de connexion perçu a rendu leur relation moins attachante et a affaibli l’un des piliers émotionnels du film, laissant le public moins investi dans leur sort et leurs aventures.
Malgré cette accumulation de revers critiques et commerciaux, l’architecte de cet univers n’a jamais baissé les bras, nourrissant toujours l’espoir de pouvoir y retourner un jour.
Luc Besson et son désir de réaliser une suite
Un scénario pour la suite déjà écrit
Loin de se laisser abattre par l’échec commercial du premier opus, le réalisateur a révélé avoir déjà finalisé le scénario d’une suite. Cette information témoigne de sa passion inébranlable pour l’univers qu’il a créé et de sa conviction que l’histoire de Valérian et Laureline mérite d’être poursuivie. Il a même confié que le script du deuxième film était, à ses yeux, meilleur et plus surprenant que celui du premier, suggérant une volonté d’apprendre des erreurs passées pour livrer une expérience améliorée.
La recherche complexe de nouveaux partenaires financiers
Le principal obstacle à la mise en chantier de “Valerian 2” est bien entendu financier. Après les pertes engendrées par le premier film, convaincre des studios et des investisseurs de financer une suite s’avère être une mission particulièrement ardue. Le cinéaste doit désormais trouver un modèle économique viable, peut-être avec un budget plus maîtrisé ou via de nouvelles plateformes de diffusion, pour donner vie à sa vision. La viabilité commerciale reste le nerf de la guerre à Hollywood et en Europe, et le premier film a laissé une cicatrice financière difficile à ignorer.
Ce désir de réaliser une suite s’inscrit en réalité dans une ambition bien plus vaste, celle d’une saga pensée sur le long terme dès le départ.
La vision d’une trilogie restée inachevée
L’ambition initiale d’explorer un univers foisonnant
Le réalisateur n’avait pas envisagé “Valerian” comme un film unique, mais bien comme le premier chapitre d’une trilogie. La richesse de la bande dessinée originale, qui compte plus d’une vingtaine d’albums, offre une matière narrative quasi inépuisable pour développer les personnages, explorer de nouvelles planètes et approfondir les thématiques socio-politiques de l’œuvre. Le premier film n’a fait qu’effleurer la surface de cet univers. L’idée était de construire une saga au long cours, permettant au public de s’immerger progressivement dans la Cité des mille planètes et au-delà. Cet élan a été brutalement stoppé par les résultats du box-office.
Le soutien des fans comme lueur d’espoir
Malgré son échec commercial, le film a su trouver son public et construire une communauté de fans dévoués à travers le monde. Ces derniers, séduits par l’audace visuelle et la générosité de l’univers, militent activement sur les réseaux sociaux pour qu’une suite voie le jour. Cet engouement, bien que modeste à l’échelle du grand public, représente un atout non négligeable. Dans le paysage médiatique actuel, la ferveur d’une base de fans peut parfois influencer les décisions des producteurs et maintenir un projet en vie, offrant une petite lueur d’espoir pour l’avenir de la franchise.
L’échec de “Valerian et la Cité des mille planètes” est le résultat d’une convergence de facteurs : un pari financier audacieux, un accueil critique américain glacial, une campagne marketing confuse et un casting qui n’a pas su fédérer. Néanmoins, la passion du réalisateur pour cet univers reste intacte. Porté par un scénario déjà prêt et le soutien d’une communauté de fans, son désir de poursuivre l’aventure et de réaliser la trilogie qu’il avait imaginée demeure une possibilité, bien que lointaine, dans le paysage imprévisible du cinéma.

