Le lancement d’un film porté par une star internationale comme Tom Cruise est toujours un événement. Quand il s’agit en plus de la pierre angulaire d’un tout nouvel univers cinématographique, les attentes sont décuplées. Pourtant, la sortie de “La Momie” a laissé un goût amer à beaucoup, soulevant une question persistante : assistait-on au blockbuster de l’année ou à un naufrage annoncé ? L’ambition démesurée du studio Universal, couplée à une réception critique et commerciale en demi-teinte, a transformé ce qui devait être une renaissance en un cas d’école sur les périls de la construction de franchises à Hollywood.
Tom Cruise et “La Momie” : un pari risqué
Le projet de “La Momie” version 2017 n’était pas simplement un remake. Il portait sur ses épaules les espoirs de tout un studio, avec une vedette mondiale en tête d’affiche dont l’implication dépassait le simple cadre de l’interprétation.
Le projet “Dark Universe” d’Universal
Universal Pictures nourrissait une ambition colossale : créer son propre univers partagé, à l’image du succès de Marvel. Le Dark Universe devait rassembler les monstres classiques du studio, tels que Frankenstein, l’Homme Invisible ou encore Dracula. “La Momie” avait la lourde tâche d’inaugurer cette saga. Le film devait non seulement réussir en tant qu’œuvre indépendante, mais aussi introduire les concepts et les personnages, comme l’organisation Prodigium dirigée par le Dr. Jekyll, qui lieraient les futurs longs-métrages. C’était un pari extrêmement audacieux qui mettait une pression immense sur ce premier opus.
L’implication de la star Tom Cruise
Pour lancer une telle franchise, le studio a misé sur une valeur sûre : Tom Cruise. Sa présence garantissait une visibilité médiatique et un attrait commercial indéniables. Cependant, l’acteur n’est pas venu seul. Connu pour son implication créative dans ses projets, il aurait eu une influence considérable sur le scénario et la direction artistique du film. Ce contrôle, bien que partant d’une bonne intention, a soulevé des questions sur la cohérence de la vision originale et sur l’équilibre du récit, potentiellement trop centré sur sa propre personne au détriment de l’antagoniste principal, la momie Ahmanet.
Une réécriture du mythe
Le film s’est délibérément éloigné de la version de 1999 réalisée par Stephen Sommers, qui mêlait aventure, comédie et romance. L’objectif était de proposer une approche plus sombre, plus ancrée dans l’horreur et l’action contemporaine. Ce changement de ton radical visait à moderniser le mythe pour une nouvelle génération, mais il risquait également de décevoir les fans de la première heure, attachés au charme et à la légèreté de l’itération précédente. Le film se devait donc de trouver un équilibre délicat entre hommage et nouveauté.
Ce pari, basé sur une star et une ambition démesurée, devait avant tout se traduire par des résultats financiers probants. L’analyse des chiffres du box-office est donc essentielle pour comprendre la trajectoire du film.
Analyse du box-office : succès ou déception ?
Le succès d’un blockbuster se mesure souvent à l’aune de ses recettes. Pour “La Momie”, le verdict des chiffres est complexe et révèle une performance à deux vitesses, loin du triomphe espéré par Universal pour lancer son univers partagé.
Les chiffres aux États-Unis
Sur le sol américain, le film a été perçu comme une véritable déception. Démarrant en deçà des prévisions, il n’a jamais réussi à trouver son public face à une concurrence féroce. Les résultats domestiques ont été très insuffisants pour couvrir les coûts de production et de marketing, un signal alarmant pour un film censé être le pilier d’une franchise.
| Indicateur | Montant (estimations) |
|---|---|
| Budget de production | 125 millions de dollars |
| Coûts marketing | ~150 millions de dollars |
| Recettes américaines | 80,2 millions de dollars |
La performance à l’international
Heureusement pour le studio, le film a connu un sort bien plus favorable en dehors des frontières américaines. Le marché international, et plus particulièrement la Chine, a largement contribué à sauver les meubles. La popularité de Tom Cruise à l’étranger a joué un rôle crucial, permettant au film d’engranger plus de 329 millions de dollars. Ce succès international a permis au total mondial de dépasser la barre symbolique des 400 millions, mais le tableau restait contrasté.
Rentabilité : un bilan mitigé
Avec un total mondial d’environ 410 millions de dollars, “La Momie” n’est pas un échec commercial total sur le papier. Cependant, en prenant en compte son budget colossal et les frais de promotion, la rentabilité est restée très faible, voire négative pour le studio. Pour un film d’une telle envergure, destiné à être une locomotive, ce résultat est largement considéré comme un échec stratégique. Il n’a pas généré l’enthousiasme financier nécessaire pour justifier la poursuite sereine du Dark Universe.
Au-delà des chiffres bruts, la perception d’un film est fortement influencée par l’accueil qui lui est réservé, que ce soit par les journalistes ou par les spectateurs eux-mêmes.
Critiques : la réception du film par le public et les experts
Si le box-office a offert un bilan en demi-teinte, la réception critique a été, quant à elle, beaucoup plus unanime. Le film a peiné à convaincre à la fois la presse spécialisée et une large partie du public, qui n’ont pas manqué de souligner ses nombreuses faiblesses.
Le verdict de la presse spécialisée
Les critiques professionnels ont été majoritairement négatifs à l’encontre de “La Momie”. Le consensus pointait du doigt un film bancal, qui ne parvenait jamais à trouver son identité. Les reproches les plus fréquents étaient :
- Un scénario jugé incohérent et confus, servant davantage de prologue au Dark Universe que de véritable histoire.
- Un mélange des genres mal maîtrisé, oscillant maladroitement entre film d’action, blockbuster fantastique et film d’horreur sans exceller dans aucun domaine.
- Un manque de suspense et de véritable effroi, malgré la promesse d’une version plus sombre.
- Des personnages secondaires sous-développés, éclipsés par la présence écrasante de sa star principale.
L’accueil du grand public
Du côté des spectateurs, l’accueil fut également très tiède. Les notes sur les plateformes comme Rotten Tomatoes ou IMDb témoignent d’une déception palpable. Beaucoup de spectateurs ont regretté le manque de fun et d’aventure qui caractérisait la version de 1999. Le personnage de Tom Cruise, trop sérieux et peu attachant, a été souvent comparé défavorablement à l’aventurier charismatique et plein d’humour incarné par Brendan Fraser. Le sentiment général était celui d’un produit formaté et sans âme.
Un consensus sur les faiblesses
Fait rare, critiques et public se sont accordés sur les défauts majeurs du film. Le principal problème identifié par tous était la précipitation d’Universal à vouloir construire son univers partagé. Le film passe une grande partie de son temps à mettre en place des éléments pour des suites potentielles, au détriment de sa propre narration. Cette approche, souvent qualifiée de “syndrome de l’univers étendu”, a sacrifié la qualité d’une œuvre au profit d’une stratégie commerciale qui ne prendrait finalement jamais son envol.
Cette réception largement négative s’explique par des choix créatifs et structurels qui ont profondément nui à la qualité globale du long-métrage.
Les raisons de l’échec de “La Momie”
L’échec critique et le succès commercial mitigé de “La Momie” ne sont pas le fruit du hasard. Ils découlent de plusieurs décisions problématiques prises en amont et durant la production, qui ont empêché le film de réaliser son potentiel.
Un scénario confus et déséquilibré
Le cœur du problème réside dans un scénario qui tire dans toutes les directions. Le film tente de jongler entre l’histoire d’origine de la momie Ahmanet, l’aventure de Nick Morton (Tom Cruise), l’introduction de l’organisation Prodigium et du Dr. Jekyll, et la mise en place d’un futur où les monstres coexistent. Cette surcharge narrative rend le récit déséquilibré et difficile à suivre. L’antagoniste, qui devrait être au centre de l’attention, est finalement relégué au second plan, servant de simple obstacle au parcours du héros.
Le “syndrome du cinematic universe”
Universal a mis la charrue avant les bœufs. Au lieu de se concentrer sur la réalisation d’un excellent film “La Momie” pour ensuite construire un univers, le studio a utilisé le film comme un simple véhicule promotionnel pour le Dark Universe. Les scènes consacrées à l’organisation Prodigium, par exemple, cassent le rythme de l’intrigue principale et donnent l’impression d’assister à une longue bande-annonce pour des films à venir. Cette stratégie a privé le film d’une structure narrative solide et d’une conclusion satisfaisante.
Un manque d’identité propre
En voulant être à la fois un film d’horreur sombre et un blockbuster d’action grand public, “La Momie” ne réussit ni l’un ni l’autre. L’horreur est trop timide pour effrayer véritablement, et l’action, bien que portée par un Tom Cruise toujours efficace, manque d’originalité et de séquences mémorables. Le film est dépourvu d’une vision artistique claire, semblant être le résultat d’un compromis entre les exigences du studio, les envies de la star et la nature du matériau d’origine. Cet entre-deux permanent lui a ôté toute saveur.
Au centre de cette tempête créative se trouve sa vedette, dont le rôle et l’influence méritent une analyse plus approfondie.
Le rôle de Tom Cruise : acteur ou sauveur ?
L’implication de Tom Cruise dans “La Momie” était à la fois le plus grand atout marketing du film et, selon de nombreuses analyses, l’une des sources de ses problèmes. Son statut de superstar a profondément façonné le produit final, pour le meilleur et pour le pire.
Une performance en décalage
Tom Cruise livre une performance fidèle à son image : un héros d’action intense, physique et déterminé. Cependant, son personnage, Nick Morton, manquait de la vulnérabilité et du charme nécessaires pour que le public s’y attache. Il est apparu pour beaucoup comme une version à peine déguisée d’Ethan Hunt de “Mission : Impossible”, transplantée dans un univers fantastique qui ne lui correspondait pas. Le ton du film exigeait peut-être un protagoniste plus ordinaire et moins archétypal, capable de ressentir et de transmettre la peur face au surnaturel.
Un contrôle créatif controversé
Plusieurs sources internes à la production ont rapporté que Tom Cruise avait exercé un contrôle créatif quasi-total sur le film. Il aurait supervisé la réécriture du scénario pour donner plus d’importance à son personnage, influencé le montage et même la stratégie marketing. Cette implication massive aurait eu pour conséquence de déséquilibrer le récit, faisant de “La Momie” moins un film sur une momie qu’un véhicule pour sa star. Le monstre titre, incarné par Sofia Boutella, se retrouve ainsi en position de faiblesse narrative face à un héros omniprésent.
L’impact sur le produit final
Si la présence de Tom Cruise a sans aucun doute aidé le film au box-office international, son influence artistique est plus discutable. En centrant l’histoire sur son personnage et en imposant une structure de film d’action plus classique, il a peut-être privé “La Momie” de l’originalité et de l’atmosphère horrifique qui auraient pu faire son succès. Le film est devenu un “film de Tom Cruise” avant d’être un “film de monstre”, une nuance qui a probablement contribué à son échec critique et à la déception des fans du genre.
Cette approche centrée sur l’action et la star contraste fortement avec la version qui avait, près de vingt ans plus tôt, conquis le cœur du public.
Comparaison avec l’original : le charme de la première version
L’ombre du film de Stephen Sommers de 1999 a plané sur la version de 2017. Pour beaucoup, la comparaison entre les deux œuvres a été inévitable et a largement tourné à l’avantage de l’original, qui possédait une alchimie que le reboot n’a jamais su retrouver.
L’aventure et l’humour de 1999
Le succès de “La Momie” de 1999 reposait sur un équilibre parfait entre plusieurs genres. C’était avant tout un grand film d’aventure dans la veine d’Indiana Jones, mâtiné d’humour, de romance et d’une touche de fantastique. L’ambiance était légère et divertissante, même dans les moments de tension. Le film de 2017, en optant pour un ton beaucoup plus sérieux et sombre, a perdu cette dimension de pur plaisir qui faisait le sel de son prédécesseur.
Des personnages plus attachants
La grande force de la version de 1999 résidait dans ses personnages. Le trio formé par Rick O’Connell (Brendan Fraser), Evelyn Carnahan (Rachel Weisz) et son frère Jonathan (John Hannah) était charismatique, drôle et attachant. Leur dynamique et leurs dialogues savoureux créaient une véritable connexion avec le public. À l’inverse, les personnages du reboot de 2017 ont été perçus comme fades et unidimensionnels, ne parvenant pas à susciter la même empathie.
Un hommage manqué
Le reboot n’a pas seulement échoué à recréer la magie de l’original, il a semblé en ignorer les leçons. La comparaison met en lumière les choix divergents des deux productions.
| Élément | La Momie (1999) | La Momie (2017) |
|---|---|---|
| Ton principal | Aventure et comédie | Action et horreur légère |
| Protagoniste | Aventurier charmeur et imparfait | Héros d’action archétypal |
| Rôle de la romance | Central et moteur de l’intrigue | Secondaire et peu développé |
| Objectif du film | Raconter une histoire autonome | Lancer un univers cinématographique |
En définitive, en cherchant à se démarquer à tout prix, “La Momie” de 2017 a perdu l’essence de ce qui rendait le mythe si populaire au cinéma. Cet échec n’a pas été sans répercussions sur les plans ambitieux du studio.
Le futur du Dark Universe : quelles conséquences pour Universal ?
L’accueil glacial réservé à “La Momie” a eu un effet domino dévastateur sur les ambitions d’Universal. Ce qui devait être un acte de naissance s’est transformé en acte de décès pour le Dark Universe tel qu’il avait été initialement conçu.
L’annulation des projets suivants
La conséquence la plus directe et la plus visible de cet échec a été la mise à l’arrêt de tout l’univers partagé. Le projet suivant, “La Fiancée de Frankenstein”, qui devait être réalisé par Bill Condon avec Javier Bardem et Angelina Jolie en vedettes, a été reporté indéfiniment avant d’être purement et simplement annulé. D’autres films en développement, comme “L’Homme Invisible” avec Johnny Depp, ont également été abandonnés sous leur forme initiale. Le Dark Universe était mort-né.
Une réorientation stratégique
Face à ce fiasco, Universal a été contraint de revoir entièrement sa stratégie concernant ses monstres classiques. Le studio a abandonné l’idée d’un univers connecté et coûteux pour se tourner vers une approche plus modeste et créative. La nouvelle ligne directrice consistait à produire des films de monstres indépendants, portés par des visions d’auteurs fortes et avec des budgets plus raisonnables. Cette nouvelle politique a porté ses fruits avec le succès critique et commercial de “Invisible Man” (2020), réalisé par Leigh Whannell, qui a prouvé qu’il y avait un public pour ces histoires, à condition qu’elles soient bien racontées.
Les leçons d’un échec
L’échec de “La Momie” et du Dark Universe est devenu une étude de cas à Hollywood. Il a servi de puissant rappel qu’un univers cinématographique ne peut être construit artificiellement par des impératifs marketing. Le succès de ces franchises repose avant tout sur la qualité individuelle des films qui les composent. Le public doit d’abord aimer une histoire et des personnages avant de vouloir les retrouver dans d’autres aventures. Universal a appris cette leçon à ses dépens, mais a su rebondir en faisant confiance à la créativité plutôt qu’à la formule.
Finalement, “La Momie” restera dans les mémoires non pas comme le début d’une saga épique, mais comme le symbole d’un pari risqué et d’une ambition mal calibrée. Entre un box-office décevant sur son marché domestique et des critiques assassines, le film a échoué à remplir sa double mission : être une œuvre convaincante et lancer une franchise durable. Son héritage est paradoxalement celui d’avoir contraint Universal à repenser sa stratégie pour finalement trouver une voie plus fructueuse avec des projets de monstres plus modestes mais artistiquement plus solides. L’échec du Dark Universe a ainsi, d’une certaine manière, permis la renaissance des monstres d’Universal sous une forme nouvelle et plus pertinente.

