Le marché des vidéoprojecteurs à ultra-courte focale est en pleine effervescence, chaque constructeur cherchant à repousser les limites de la technologie pour offrir une expérience cinématographique à domicile toujours plus immersive. Dans cette course à l’innovation, l’AWOL Vision LTV-3500 Pro se présente comme un concurrent de taille, armé d’une source lumineuse triple laser et de promesses de performances élevées. Cet appareil ambitionne de transformer n’importe quel salon en une véritable salle obscure, en projetant une image gigantesque avec un recul minimal. Mais derrière une fiche technique impressionnante se cachent parfois des compromis. Analyse détaillée d’un projecteur qui ne laisse pas indifférent.
Triple laser et couverture colorimétrique exceptionnelle
La technologie au service des couleurs
Le cœur du LTV-3500 Pro réside dans sa source lumineuse. Contrairement aux projecteurs traditionnels qui utilisent une lampe ou une seule source laser avec une roue phosphore, ce modèle intègre une technologie triple laser RGB. Cela signifie qu’il utilise trois lasers distincts, un pour chaque couleur primaire : rouge, vert et bleu. L’avantage principal de cette approche est une couverture colorimétrique extrêmement large. Le projecteur est capable d’afficher 107 % de l’espace colorimétrique BT.2020, la norme la plus exigeante pour les contenus 4K Ultra HD. En pratique, cela se traduit par des couleurs d’une richesse et d’une pureté saisissantes, offrant une palette de nuances que peu d’appareils peuvent reproduire.
Un potentiel à révéler par la calibration
Si la capacité du projecteur à générer des couleurs est indéniable, sa justesse en sortie de carton est plus discutable. Les mesures révèlent que la calibration d’usine, bien que proposant des couleurs éclatantes, souffre de déviations colorimétriques notables. La température de couleur tend à être déséquilibrée, tirant souvent vers des teintes bleutées, ce qui affecte la neutralité des blancs et des gris. Pour l’utilisateur lambda, l’image paraîtra dynamique et flatteuse, mais pour les puristes de l’image, une calibration professionnelle sera indispensable pour exploiter pleinement le potentiel de l’appareil et atteindre une fidélité colorimétrique de référence.
| Paramètre | Sortie d’usine (mode standard) | Après calibration professionnelle |
|---|---|---|
| Delta E (échelle de gris) | > 6 (dérive visible) | |
| Température de couleur (blancs) | ~7500K (bleuté) | 6500K (neutre) |
| Couverture BT.2020 | 107 % | 107 % (avec une justesse accrue) |
La puissance brute de la source lumineuse doit être canalisée par une optique de qualité pour que l’image projetée soit à la hauteur des attentes.
Optique ultra-courte focale et aberrations chromatiques
Une image géante avec un recul minimal
L’un des atouts majeurs de l’AWOL LTV-3500 Pro est son optique à ultra-courte focale, ou UST (Ultra Short Throw). Cette technologie permet de placer le projecteur sur un meuble TV, à seulement quelques centimètres du mur, et d’obtenir une image de très grande taille. Cette caractéristique élimine les contraintes d’installation des projecteurs classiques, comme les longs câbles traversant la pièce ou les ombres projetées par les personnes qui se déplacent. Le ratio de projection permet d’obtenir une image impressionnante avec très peu de recul, bien que certains concurrents parviennent à faire encore mieux sur ce point précis.
- Pour une image de 80 pouces (203 cm), un recul d’environ 15 cm est nécessaire.
- Pour une image de 100 pouces (254 cm), le recul passe à environ 25 cm.
- Pour atteindre la diagonale maximale de 150 pouces (381 cm), il faudra le positionner à environ 50 cm du mur de projection.
La qualité de la lentille Ricoh
Afin de garantir une image nette et précise sur une si grande surface, AWOL Vision a équipé son projecteur d’une optique signée Ricoh. Ce choix est judicieux, car la lentille parvient à minimiser efficacement les aberrations chromatiques, ces franges colorées qui peuvent apparaître sur les contours très contrastés. L’image est globalement homogène, mais une analyse fine révèle une légère baisse de piqué dans les angles extrêmes. Ce phénomène est courant sur les optiques UST et reste très discret lors d’un visionnage normal, ne pénalisant que marginalement la précision de l’image.
Une optique de qualité est enchâssée dans un châssis dont le design et les dimensions ont un impact direct sur son intégration dans un intérieur.
Design imposant et défis d’installation
Un gabarit pensé pour les salles dédiées
L’AWOL Vision LTV-3500 Pro n’est pas un appareil discret. Avec ses dimensions généreuses et son poids de près de 11 kg, il s’agit d’un projecteur imposant qui réclame un espace conséquent. Son design, un bloc massif de couleur gris anthracite rehaussé d’accents argentés, est sobre et s’intègre plutôt bien dans un environnement moderne. Cependant, sa taille le destine davantage à une salle dédiée au cinéma ou à un très grand salon équipé d’un meuble TV adapté, capable de supporter son poids et sa profondeur. Il ne passera clairement pas inaperçu.
Les contraintes de la mise en place
L’installation d’un projecteur à ultra-courte focale de ce gabarit peut représenter un défi. Le positionnement doit être millimétré pour que l’image soit parfaitement rectangulaire et alignée avec l’écran. Le moindre décalage ou la moindre imperfection sur la surface de projection est immédiatement visible. Le poids de l’appareil rend les ajustements fins peu aisés. Il est fortement recommandé d’utiliser un écran technique spécialement conçu pour les projecteurs UST, qui permet de rejeter la lumière ambiante et d’optimiser le contraste, transformant l’expérience de visionnage.
Une fois l’appareil physiquement installé, l’utilisateur est confronté à son interface logicielle, un aspect crucial de l’expérience quotidienne.
Interface vieillissante et solutions alternatives
Le talon d’Achille : une interface datée
Le principal point faible du LTV-3500 Pro est sans conteste son interface native. Basée sur une version vieillissante d’Android 9.0, elle se révèle lente, peu ergonomique et graphiquement dépassée. La navigation est loin d’être fluide et l’accès à certaines applications de streaming populaires peut s’avérer compliqué, voire impossible. Cette interface dénote fortement avec le positionnement haut de gamme du projecteur et constitue une véritable déception pour un appareil de ce prix.
Le Fire TV Stick 4K Max comme solution providentielle
Conscient de cette lacune, AWOL Vision a eu la bonne idée d’inclure un Fire TV Stick 4K Max directement dans la boîte. Ce dongle se branche sur l’un des ports HDMI et se loge dans un compartiment dédié, devenant ainsi invisible. Il remplace avantageusement le système d’exploitation natif et donne accès à une interface moderne, rapide et complète. Toutes les plateformes de streaming (Netflix, Amazon Prime Video, Disney+, etc.) sont disponibles et fonctionnent parfaitement. Cette solution élégante permet de contourner complètement le défaut majeur du projecteur, offrant une expérience utilisateur au niveau des meilleurs téléviseurs connectés.
Après avoir navigué dans les menus pour lancer un film, la qualité de l’image projetée devient le seul critère qui compte.
Luminosité, contraste et qualité d’image
Une puissance lumineuse impressionnante
Avec une luminosité annoncée à 3000 lumens et mesurée en conditions réelles autour de 2505 lumens, le LTV-3500 Pro est un projecteur extrêmement lumineux. Cette puissance lui permet de projeter une image très grande, jusqu’à 180 pouces (plus de 4,5 mètres de diagonale), tout en conservant un dynamisme et un éclat remarquables. Elle offre également une bonne résistance à la lumière ambiante modérée, ce qui autorise un visionnage en journée dans un salon, à condition de l’associer à un écran technique adapté.
Un contraste natif correct
Le contraste est un élément clé pour obtenir une image profonde et détaillée. Le LTV-3500 Pro affiche un taux de contraste natif mesuré à 1100:1, une valeur correcte pour un projecteur DLP. En activant les modes de renforcement dynamique du noir, il est possible d’atteindre un ratio de 2000:1. Si ces chiffres ne rivalisent pas avec les noirs abyssaux des téléviseurs OLED, ils permettent d’obtenir une profondeur de noir satisfaisante dans une pièce sombre, évitant l’effet de gris délavé sur les scènes obscures.
Ces performances techniques se traduisent par une expérience visuelle qui, malgré ses défauts de colorimétrie en sortie de carton, reste globalement très immersive, en particulier sur les contenus HDR où la large couverture colorimétrique et la forte luminosité font des merveilles.
Une image de cette envergure s’accompagne inévitablement de considérations sur la consommation électrique et le bruit de fonctionnement, ainsi que sur la qualité de sa partie audio.
Consommation énergétique et performances audio
Bruit et consommation : le prix de la performance
La puissante source lumineuse triple laser n’est pas sans conséquences. À pleine luminosité, le projecteur peut consommer jusqu’à 320 watts, un chiffre significatif. Cette puissance génère de la chaleur, qui doit être évacuée par un système de ventilation. Le bruit de fonctionnement a été mesuré à environ 35 dB. Si ce niveau sonore est couvert par la bande-son d’un film d’action, il reste nettement perceptible lors des scènes calmes ou des dialogues, ce qui pourrait gêner les spectateurs les plus sensibles au bruit.
Une prestation audio intégrée honorable
Le LTV-3500 Pro embarque un système audio de 36 watts, compatible Dolby Atmos et DTS Virtual:X. Cette barre de son intégrée offre une prestation correcte pour un usage quotidien. Le son est clair, les dialogues sont intelligibles et la spatialisation virtuelle apporte un léger surcroît d’immersion. Cependant, elle ne peut rivaliser avec un véritable système home cinéma externe. Pour une expérience sonore à la hauteur de la qualité d’image, l’investissement dans un amplificateur et des enceintes dédiées reste indispensable.
L’AWOL Vision LTV-3500 Pro se révèle être une machine de projection puissante et contrastée. Il offre une image gigantesque et extrêmement lumineuse grâce à sa technologie triple laser, mais ce potentiel n’est pleinement atteint qu’après une calibration professionnelle. Ses principaux défauts, à savoir une interface native obsolète et un bruit de fonctionnement audible, sont respectivement contourné par l’inclusion d’un Fire TV Stick et à relativiser selon la tolérance de chacun. Il s’adresse donc à un public d’enthousiastes disposant d’une salle dédiée et d’un budget conséquent, prêt à investir dans les réglages fins pour obtenir une expérience visuelle véritablement spectaculaire.

