L’univers cinématographique des X-Men, lancé par la 20th Century Fox bien avant l’avènement du Marvel Cinematic Universe, a redéfini le genre du film de super-héros. Avec une chronologie complexe, des reboots partiels et de multiples spin-offs, s’y retrouver peut s’avérer un véritable défi. Ce guide a pour vocation de démêler les fils d’une saga qui s’étend sur deux décennies, en présentant les films dans un ordre qui éclaire leur histoire et leur impact sur la pop culture.
Introduction à l’univers des X-Men au cinéma
Les mutants : une métaphore sociale
Au cœur de l’univers X-Men se trouve le concept de mutants, des êtres humains nés avec le gène X qui leur confère des capacités surhumaines. Ces pouvoirs se manifestent généralement à l’adolescence, créant une fracture avec le reste de l’humanité. Le cinéma a brillamment exploité cette prémisse comme une puissante métaphore des luttes pour les droits civiques, de la peur de l’autre et de l’acceptation de la différence. La saga explore constamment la question de la coexistence entre les humains et les mutants.
Le conflit idéologique central
La narration est principalement articulée autour de l’opposition entre deux figures emblématiques : le professeur Charles Xavier et Erik Lehnsherr, mieux connu sous le nom de Magnéto.
- Charles Xavier prône une approche pacifiste. Il croit en l’éducation et en l’intégration des mutants au sein de la société humaine. Il a fondé une école pour jeunes surdoués afin de les aider à maîtriser leurs pouvoirs.
- Magnéto, survivant de l’Holocauste, est convaincu que les humains chercheront toujours à persécuter et à anéantir les mutants. Il prône la suprématie mutante comme seule voie de survie, n’hésitant pas à recourir à la violence.
Cette divergence philosophique, portée par une amitié brisée, constitue le moteur dramatique de la plupart des films de la franchise.
Cette dualité fondamentale a été établie dès les premiers films, qui ont posé les bases d’un univers riche et complexe, bien avant que les films de super-héros ne dominent le box-office.
Les débuts : x-Men et X2
X-Men (2000) : la révolution du genre
Réalisé par Bryan Singer, le premier film X-Men a été un véritable tour de force. Il a prouvé qu’il était possible d’adapter des personnages de comics avec sérieux et profondeur, en se concentrant sur les thématiques sociales plutôt que sur le simple spectacle. Le film introduit des personnages iconiques comme Wolverine (Hugh Jackman), Malicia (Anna Paquin), et le conflit entre Xavier (Patrick Stewart) et Magnéto (Ian McKellen). Son succès a ouvert la voie à la vague de films de super-héros qui a suivi.
X2 : X-Men United (2003) : la confirmation
Considéré par beaucoup comme l’un des meilleurs films de la saga, X2 approfondit les personnages et les enjeux. L’intrigue voit les X-Men forcés de s’allier à leur ennemi, Magnéto, pour affronter un ennemi commun : le colonel William Stryker, qui cherche à éradiquer tous les mutants. Le film est salué pour ses scènes d’action spectaculaires, notamment l’attaque de la Maison Blanche par Diablo, et pour son exploration plus poussée de l’ostracisme vécu par les mutants.
Box-office des premiers films X-Men
| Film | Année de sortie | Box-office mondial (USD) |
|---|---|---|
| X-Men | 2000 | 296,3 millions |
| X2 : X-Men United | 2003 | 407,7 millions |
Après ce diptyque acclamé, la saga devait conclure sa première trilogie, mais avec un changement de réalisateur qui allait marquer une rupture stylistique et narrative.
L’ère de la trilogie originale
X-Men : l’Affrontement final (2006)
La conclusion de la trilogie originale, réalisée par Brett Ratner, a divisé les critiques et les fans. Le film adapte deux arcs narratifs majeurs des comics : la saga du Phénix Noir et l’histoire du “remède” contre la mutation. L’intrigue suit la résurrection de Jean Grey en une entité surpuissante et destructrice, le Phénix, tandis qu’un traitement promettant de supprimer le gène X divise la communauté mutante. Le film est souvent critiqué pour son traitement jugé superficiel de ces histoires complexes et pour la mort de personnages majeurs comme le Professeur X et Cyclope.
L’héritage de la première trilogie
Malgré les critiques adressées au troisième opus, cette trilogie a durablement marqué les esprits. Elle a établi un casting emblématique et a prouvé la viabilité commerciale et critique des adaptations de comics sérieuses. Elle a posé les fondations sur lesquelles le reste de la franchise allait se construire, que ce soit pour explorer le passé ou pour tenter de corriger certaines erreurs narratives. Elle a défini un ton plus sombre et plus mature que beaucoup de ses contemporains.
Face à la réception mitigée de “L’Affrontement final”, le studio a décidé de ne pas poursuivre directement cette histoire, mais plutôt de revenir en arrière pour explorer les origines de ses héros.
La genèse avec X-Men : le Commencement
Un nouveau casting pour une nouvelle ère
X-Men : le Commencement (2011), réalisé par Matthew Vaughn, est un préquel se déroulant dans les années 1960, en pleine crise des missiles de Cuba. Le film explore la jeunesse de Charles Xavier et Erik Lehnsherr, avant qu’ils ne deviennent le Professeur X et Magnéto. Il met en scène leur rencontre, leur amitié naissante et la divergence idéologique qui les mènera à leur séparation. Le nouveau casting, avec James McAvoy (Xavier) et Michael Fassbender (Magnéto), a été universellement salué pour sa performance.
Un soft reboot pour la franchise
Ce film a fonctionné comme un soft reboot, permettant de rafraîchir la saga sans effacer complètement les films précédents. Il a introduit une nouvelle équipe de jeunes mutants, dont Mystique (Jennifer Lawrence) et le Fauve (Nicholas Hoult), en leur donnant une place centrale dans l’histoire. Le ton, mêlant espionnage à la James Bond et drame super-héroïque, a redynamisé la franchise et a permis d’explorer de nouvelles facettes de cet univers.
Ce retour aux origines a créé deux lignes temporelles distinctes, une situation complexe que le film suivant allait se charger d’unifier de manière audacieuse.
Les voyages temporels dans Days of Future Past
La fusion de deux générations
X-Men : Days of Future Past (2014) est sans doute le projet le plus ambitieux de la saga. Bryan Singer revient à la réalisation pour adapter un célèbre arc narratif des comics. Le film se déroule sur deux époques : un futur post-apocalyptique où les mutants sont traqués par des robots géants, les Sentinelles, et le passé, en 1973. Pour empêcher cet avenir sombre, la conscience de Wolverine est envoyée dans son corps du passé afin de réunir les jeunes Xavier et Magnéto pour changer le cours de l’histoire. Ce film est un pont entre les deux castings, réunissant les acteurs de la trilogie originale et ceux du préquel.
La réécriture de la chronologie
Le principal impact de Days of Future Past est d’avoir créé une nouvelle chronologie. En modifiant les événements de 1973, les personnages ont effacé les événements de X-Men : l’Affrontement final, offrant ainsi une seconde chance à des personnages comme Jean Grey et Cyclope. Cette manœuvre scénaristique a permis de :
- Corriger des éléments impopulaires de la saga.
- Libérer les futurs films des contraintes de la continuité précédente.
- Offrir une conclusion plus heureuse à la distribution originale.
Alors que la trame principale était ainsi réinitialisée, le studio continuait en parallèle d’explorer le passé de son personnage le plus populaire à travers des films dédiés.
Exploration des origines : wolverine
X-Men Origins : Wolverine (2009)
Ce premier film solo centré sur Wolverine retrace les origines du personnage, de son enfance au 19ème siècle jusqu’à sa participation au programme Arme X qui a recouvert son squelette d’adamantium, un métal quasi indestructible. Le film explore sa relation complexe avec son frère, Victor Creed (Dents-de-sabre), et introduit une version très critiquée de Deadpool. Malgré un succès commercial, le film a reçu un accueil critique très négatif pour son scénario jugé faible et ses effets spéciaux décevants.
Wolverine : le Combat de l’immortel (2013)
Se déroulant après L’Affrontement final, ce second opus, réalisé par James Mangold, emmène un Logan tourmenté au Japon. Il se retrouve confronté aux Yakuzas et à un ancien ennemi qui lui propose de le débarrasser de son immortalité. Le film adopte un ton plus intimiste et plus sombre, s’inspirant des films de samouraïs. Il a été bien mieux reçu que son prédécesseur, notamment pour son exploration plus approfondie de la psychologie du personnage et pour ses scènes de combat plus maîtrisées. C’est un film charnière qui prépare le terrain pour la suite de ses aventures.
La nouvelle chronologie établie par Days of Future Past a permis de lancer une nouvelle trilogie avec le jeune casting, les confrontant à une menace d’une ampleur sans précédent.
L’apocalypse et la nouvelle génération
X-Men : Apocalypse (2016)
Se déroulant dans les années 1980, ce film voit le réveil d’En Sabah Nur, alias Apocalypse, le tout premier mutant de l’histoire. Considéré comme un dieu dans l’Égypte ancienne, il est déçu par le monde moderne et décide de le “purifier” en recrutant quatre cavaliers, dont un Magnéto en plein désarroi. Le film introduit de jeunes versions de personnages emblématiques comme Jean Grey (Sophie Turner), Cyclope (Tye Sheridan) et Tornade (Alexandra Shipp). Bien que spectaculaire, le film a été critiqué pour son scénario répétitif et le manque de développement de son antagoniste.
La mise en avant de la nouvelle équipe
L’intérêt principal d’Apocalypse réside dans la formation de la nouvelle équipe de X-Men. Le film se concentre sur la jeunesse et l’apprentissage de ces héros, en particulier sur la puissance grandissante et incontrôlable de Jean Grey. Il sert de tremplin pour la génération incarnée par McAvoy, Fassbender et Lawrence, tout en passant le flambeau aux nouveaux acteurs qui incarneront les X-Men pour la suite de la saga.
Cette montée en puissance de Jean Grey était le prélude direct à la tentative de la franchise de raconter à nouveau l’une de ses histoires les plus célèbres, cette fois avec l’intention de lui rendre justice.
Dark Phoenix : l’apogée de la saga
Une seconde tentative pour la saga du Phénix Noir
Dark Phoenix (2019) est le dernier film de la saga principale sous l’ère Fox. L’histoire, située dans les années 1990, se concentre sur Jean Grey qui, lors d’une mission de sauvetage dans l’espace, est frappée par une force cosmique qui décuple ses pouvoirs de manière exponentielle et la rend instable. Le film tente de corriger les erreurs de L’Affrontement final en offrant une adaptation plus fidèle et plus psychologique de la transformation de Jean en Phénix Noir. Malheureusement, le film a été un échec critique et commercial, marquant une fin décevante pour une saga de près de vingt ans.
La fin d’une époque
Réalisé par Simon Kinberg, le scénariste de longue date de la franchise, le film souffre d’un ton inégal et d’un sentiment de déjà-vu. Il a été perçu comme une conclusion précipitée, en partie due au rachat de la 20th Century Fox par Disney, qui scellait le destin de cet univers. Il représente la fin de l’itération des X-Men que le public connaissait depuis l’an 2000, fermant un chapitre important de l’histoire du cinéma de super-héros.
Pendant que la saga principale touchait à sa fin, des projets parallèles plus audacieux et singuliers exploraient d’autres facettes de l’univers mutant avec un succès retentissant.
Les spin-offs : deadpool et Logan
Deadpool : l’anti-héros qui brise les codes
Deadpool (2016) et sa suite Deadpool 2 (2018) ont été un véritable phénomène. Porté par Ryan Reynolds, le film met en scène un mercenaire défiguré et mentalement instable, doté d’un pouvoir de régénération et de la capacité de briser le quatrième mur en s’adressant directement au public. Avec son humour méta, sa violence décomplexée et sa classification “R-Rated”, Deadpool a offert un vent de fraîcheur sur le genre super-héroïque. Son lien avec la chronologie principale des X-Men est volontairement flou et souvent tourné en dérision.
Logan : le chant du cygne de Wolverine
Réalisé par James Mangold, Logan (2017) est un film radicalement différent. Se déroulant dans un futur proche et sombre où les mutants ont presque disparu, il présente un Wolverine vieillissant et affaibli qui doit protéger une jeune mutante, Laura (X-23), aux pouvoirs similaires aux siens. Le film est un drame crépusculaire et violent, aux allures de western moderne, qui explore les thèmes de la mortalité, de la famille et de la rédemption. Il a été acclamé par la critique comme l’un des meilleurs films de super-héros jamais réalisés et offre une conclusion poignante au personnage incarné par Hugh Jackman pendant 17 ans.
Le succès de ces films uniques et la fin de la saga Fox ont ouvert la porte à la question que tous les fans se posaient : quand et comment les mutants allaient-ils rejoindre le plus grand univers cinématographique de tous les temps ?
L’intégration dans l’univers Marvel
Le rachat de la Fox par Disney
En 2019, l’acquisition de la 21st Century Fox par The Walt Disney Company a changé la donne. Les droits cinématographiques des X-Men, des Quatre Fantastiques et de Deadpool sont revenus à Marvel Studios. Cette fusion a ouvert la voie à l’intégration de ces personnages emblématiques au sein du Marvel Cinematic Universe (MCU), un projet attendu de longue date par les fans. Kevin Feige, le président de Marvel Studios, a confirmé que les mutants seraient bien introduits, mais de manière progressive et réfléchie.
Les premières incursions dans le MCU
Les premières graines de cette intégration ont déjà été plantées. Des séries comme WandaVision et Ms. Marvel ont subtilement introduit le concept de mutation dans le MCU. Le film Doctor Strange in the Multiverse of Madness a marqué un tournant en présentant une version alternative du Professeur X, à nouveau interprété par Patrick Stewart. Mais l’étape la plus concrète est sans conteste le film Deadpool & Wolverine, qui promet de connecter officiellement l’univers X-Men de la Fox au MCU via le concept de multivers, marquant le retour de Hugh Jackman dans son rôle iconique aux côtés du Deadpool de Ryan Reynolds.
Cette intégration est l’aube d’une nouvelle ère pour les mutants, qui promet de redéfinir leur place dans le paysage cinématographique pour les années à venir.
De la trilogie fondatrice de Bryan Singer à la conclusion poignante de “Logan”, en passant par le reboot audacieux de “Le Commencement” et les expérimentations réussies de “Deadpool”, la saga X-Men de la Fox a laissé une empreinte indélébile sur le cinéma. Sa chronologie complexe, marquée par des voyages temporels et des spin-offs, témoigne d’une richesse narrative qui a captivé les spectateurs pendant deux décennies. Aujourd’hui, alors que ces personnages s’apprêtent à intégrer le Marvel Cinematic Universe, un nouveau chapitre s’ouvre, promettant de nouvelles histoires tout en honorant un héritage cinématographique exceptionnel.


