Après le succès critique et commercial retentissant des deux premiers volets, la franchise 21 Jump Street semblait promise à un avenir radieux. Pourtant, des années plus tard, le troisième opus se fait toujours attendre, laissant les fans dans une expectative teintée de frustration. Entre projets avortés, ambitions démesurées et défis de production, le parcours de cette suite s’est transformé en une véritable saga hollywoodienne, où le sort des agents Schmidt et Jenko reste suspendu à un fil.
Le développement initial de “21 Jump Street 3
Un succès inattendu et une suite évidente
Le premier 21 Jump Street, sorti en 2012, a déjoué toutes les attentes. Ce qui aurait pu être une simple adaptation cynique d’une série télévisée des années 80 est devenu une comédie d’action acclamée pour son humour méta et son alchimie irrésistible entre Channing Tatum et Jonah Hill. Le succès fut tel qu’une suite, 22 Jump Street, a rapidement vu le jour. Le générique de fin de ce second film parodiait d’ailleurs l’idée même de suites à répétition, présentant une série d’affiches pour des projets futurs plus improbables les uns que les autres, de 23 Jump Street: Medical School à 41 Jump Street: The Retirement Home. Ironiquement, cette blague préfigurait la difficulté de donner une suite crédible et originale à la saga.
Le projet “MIB 23” : un crossover audacieux
L’idée la plus sérieusement envisagée n’était pas une suite classique, mais un projet beaucoup plus ambitieux : un crossover avec la franchise Men in Black. Révélé lors du piratage de Sony Pictures en 2014, ce projet baptisé “MIB 23” devait fusionner les deux univers. Le concept était d’intégrer les personnages de Schmidt et Jenko dans le monde secret des agents en noir, créant un choc des cultures comiques. Le film aurait exploré la réaction de ces deux policiers immatures face à une menace extraterrestre, sous la supervision des célèbres chasseurs d’aliens. L’idée était de revitaliser les deux franchises en une seule fois, un pari créatif extrêmement risqué mais potentiellement très lucratif.
Les premiers scénaristes et réalisateurs attachés
Pour piloter ce projet hors normes, le studio s’est naturellement tourné vers l’équipe créative originale. Phil Lord et Christopher Miller, les réalisateurs des deux premiers films, étaient impliqués en tant que producteurs et superviseurs du scénario. Le réalisateur James Bobin (Les Muppets, le retour) a été approché pour prendre les rênes de la mise en scène. Plusieurs scénaristes, dont Rodney Rothman (22 Jump Street), ont travaillé sur différentes versions du script pour tenter de trouver le ton juste, un équilibre délicat entre la parodie de Jump Street et la science-fiction de Men in Black.
Le duo d’acteurs principaux, au cœur du succès des films, était évidemment un élément central de toutes les discussions sur l’avenir de la saga.
Channing Tatum et son rôle dans la saga
Jenko : un personnage clé du succès
Le personnage de Greg Jenko, interprété par Channing Tatum, est indissociable du triomphe de 21 Jump Street. Alors que l’acteur était principalement connu pour ses rôles dans des films d’action ou des drames romantiques, sa performance comique a été une véritable révélation. Son interprétation du policier populaire mais peu brillant, formant un duo improbable avec le personnage de Jonah Hill, a apporté une énergie et une vulnérabilité inattendues. La dynamique entre les deux acteurs, basée sur une amitié touchante et des gags parfaitement synchronisés, est devenue la pierre angulaire de la franchise.
L’implication de l’acteur dans le projet
Channing Tatum n’était pas seulement une vedette à l’affiche ; il était également producteur des films. Son implication dépassait donc le simple cadre de l’interprétation. Selon les courriels internes de Sony révélés lors du piratage, l’acteur était particulièrement enthousiaste à l’idée du crossover “MIB 23”. Il a participé activement aux discussions créatives, échangeant avec les producteurs et les dirigeants du studio pour faire avancer le projet. Son engagement témoignait de son attachement à la franchise et de sa volonté de repousser les limites pour offrir quelque chose de nouveau aux spectateurs.
La perception de Tatum sur l’avenir de la franchise
Malgré son enthousiasme, Channing Tatum était conscient des défis. Il a souvent exprimé en interview son désir de ne faire une troisième film que si celui-ci parvenait à être aussi surprenant et original que les précédents. Pour lui, il était hors de question de produire une suite uniquement pour des raisons financières. Cette exigence de qualité, partagée par Jonah Hill et les réalisateurs, a sans doute contribué à la complexité du développement, chaque proposition étant scrutée pour s’assurer qu’elle était à la hauteur des attentes. Cette volonté de bien faire s’est cependant heurtée à de nombreux obstacles concrets.
Les ambitions créatives, bien que louables, ont dû faire face à la réalité complexe de la production cinématographique moderne.
Les défis de la production
La complexité du crossover “Men in Black”
Fusionner deux univers aussi distincts que Jump Street et Men in Black représentait un véritable casse-tête créatif. Il fallait répondre à plusieurs questions fondamentales :
- Comment conserver le ton méta et autoréférentiel de Jump Street sans dénaturer la mythologie plus sérieuse de Men in Black ?
- Quel rôle donner aux personnages emblématiques de MIB, comme les agents K et J ? Un simple caméo ou une implication plus profonde ?
- Comment gérer les règles et les gadgets de chaque univers pour qu’ils coexistent de manière cohérente ?
Le scénario devait être à la fois une suite satisfaisante pour les deux franchises et un film compréhensible pour un nouveau public, un équilibre presque impossible à atteindre.
Les droits et les négociations entre studios
Bien que Sony Pictures détienne les droits des deux franchises, leur gestion impliquait différents producteurs avec leurs propres visions et intérêts financiers. Des figures comme Steven Spielberg, producteur exécutif de la saga Men in Black, devaient approuver le projet. Les négociations contractuelles pour faire revenir les acteurs des deux sagas, même pour de courtes apparitions, ajoutaient une couche de complexité juridique et financière. Chaque décision nécessitait l’accord d’un grand nombre d’intervenants, ralentissant considérablement le processus.
Le calendrier des acteurs principaux
Après le succès de 22 Jump Street, les carrières de Channing Tatum et Jonah Hill ont explosé. Coordonner leurs emplois du temps est devenu un défi majeur. Leurs engagements sur d’autres projets repoussaient constamment les fenêtres de tournage potentielles, rendant difficile la planification d’une production d’une telle envergure.
| Acteur | Projets notables post-2014 |
|---|---|
| Channing Tatum | Magic Mike XXL, Les Huit Salopards, Logan Lucky, Gambit (en développement) |
| Jonah Hill | War Dogs, Sausage Party, Maniac (série), réalisation de 90’s |
Cette accumulation de difficultés a inévitablement conduit à des retards importants, qui ont fini par user la dynamique du projet.
L’enthousiasme initial s’est progressivement érodé face à ces obstacles, menant à une inertie qui a finalement eu raison des ambitions les plus folles.
Les raisons du retard
L’échec du projet “MIB 23”
Finalement, le projet de crossover a été discrètement abandonné. Les difficultés à trouver un scénario qui satisfasse toutes les parties, combinées à un budget potentiellement exorbitant, ont rendu le film trop risqué. Le studio a préféré se concentrer sur un reboot plus classique de Men in Black, qui a abouti au film Men in Black: International en 2019. L’accueil mitigé de ce dernier a probablement confirmé la décision de Sony que le mélange des genres était une fausse bonne idée, et que chaque franchise devait suivre sa propre voie.
Les divergences créatives
Au-delà du crossover, même l’idée d’une suite classique, 23 Jump Street, a rencontré des obstacles. L’une des difficultés majeures était de trouver un concept qui puisse surpasser la blague finale de 22 Jump Street. Comment faire un troisième film après avoir explicitement parodié l’idée même de faire un troisième film ? Les créateurs se sont retrouvés piégés par leur propre intelligence. Lord et Miller, de plus en plus sollicités (Solo: A Star Wars Story, Spider-Man: Into the Spider-Verse), n’avaient peut-être plus la même disponibilité ou le même désir de revenir à la réalisation, préférant laisser la place à d’autres tout en gardant un œil sur le projet.
L’impact du piratage de Sony Pictures
Il ne faut pas sous-estimer l’impact du piratage de Sony en 2014. La fuite de milliers de courriels a exposé publiquement les discussions internes, les doutes et les stratégies financières autour de “MIB 23”. Cette révélation prématurée a mis une pression immense sur le projet avant même qu’un script solide n’existe. Les négociations, qui auraient dû rester confidentielles, se sont retrouvées sur la place publique, compliquant les relations entre les talents et le studio. Cet événement a sans doute refroidi l’enthousiasme de certains et a servi de catalyseur aux retards qui ont suivi.
Face à cette impasse, le studio semble désormais explorer de nouvelles directions pour maintenir la marque en vie.
L’avenir de la franchise dans l’industrie cinématographique
Le spin-off féminin “Jump Street: Now for Her Pleasure”
Devant l’impossibilité de produire une suite directe, Sony a décidé de changer son fusil d’épaule en développant un spin-off centré sur des personnages féminins. Annoncé il y a plusieurs années, le projet, un temps intitulé Jump Street: Now for Her Pleasure, a vu plusieurs actrices et réalisateurs y être attachés, comme Tiffany Haddish ou Awkwafina. Cette stratégie vise à capitaliser sur la popularité de la marque tout en s’affranchissant de la nécessité de faire revenir le duo original. C’est une approche courante à Hollywood pour revitaliser une franchise en perte de vitesse, comme l’ont fait Ocean’s 8 ou Ghostbusters (2016).
Un retour de Schmidt et Jenko est-il encore possible ?
L’espoir de revoir Channing Tatum et Jonah Hill dans leurs rôles iconiques s’amenuise avec le temps. Les acteurs ont vieilli et leurs carrières ont évolué vers des projets différents. Récemment, Phil Lord a mentionné qu’une idée pour 23 Jump Street existait et qu’elle était, selon lui, la meilleure de la série. Cependant, il a également admis que le projet serait très difficile à monter aujourd’hui. Un retour reste théoriquement possible, mais il nécessiterait un alignement des planètes (scénario exceptionnel, agendas compatibles, volonté du studio) qui semble de plus en plus improbable.
L’évolution des comédies d’action au cinéma
Le paysage cinématographique a également changé depuis 2014. Le genre de la comédie d’action “R-rated” (interdite aux moins de 17 ans non accompagnés aux États-Unis) a connu des hauts et des bas. Les plateformes de streaming proposent désormais une offre pléthorique de contenus, et le public en salles est peut-être moins enclin à se déplacer pour ce type de film. Le succès de la franchise Jump Street reposait sur sa fraîcheur et sa capacité à surprendre. Reproduire cet exploit une décennie plus tard, dans un contexte différent, représente un défi créatif et commercial de taille.
L’histoire de 21 Jump Street 3 est celle d’une ambition créative confrontée aux dures réalités de l’industrie hollywoodienne. Entre un projet de crossover trop complexe, des défis logistiques et des divergences créatives, la suite tant attendue s’est perdue dans les méandres du développement. Si l’avenir de la franchise semble désormais s’orienter vers des spin-offs, le souvenir du duo comique formé par Channing Tatum et Jonah Hill reste intact, laissant planer le doute sur un retour qui, bien qu’improbable, n’est jamais totalement impossible à Hollywood.

