L’attente était immense, la promesse alléchante : transposer l’horreur claustrophobique et la tension viscérale de la saga Alien dans le cadre potentiellement infini de notre propre planète. La série, sobrement intitulée “Alien: earth”, portait en elle l’espoir d’un renouveau, d’une exploration audacieuse de thèmes familiers sur un terrain de jeu inédit. Pourtant, dès les premiers épisodes, l’édifice narratif a commencé à se fissurer, révélant des failles béantes dans sa conception. Loin de la révolution annoncée, la production s’est rapidement enlisée dans une série de choix artistiques et scénaristiques déconcertants, transformant une idée en or en un produit dérivé sans saveur, qui trahit non seulement l’esprit de l’œuvre originale mais aussi l’intelligence de son public.
Intrigue prévisible et décors décevants
Une promesse de base abandonnée
Le concept fondamental, celui d’une invasion ou d’une infestation de xénomorphes sur Terre, offrait un potentiel quasi illimité. On imaginait des scènes de chaos dans des métropoles tentaculaires, une traque silencieuse dans des forêts profondes ou une paranoïa grandissante au sein de petites communautés rurales. Or, la série évacue très vite cette proposition. Après une introduction qui esquisse à peine cette menace globale, l’intrigue se replie frileusement sur un microcosme : une île isolée. Ce choix réduit drastiquement l’échelle du conflit et ramène la narration à une formule déjà vue et revue. L’opportunité de confronter la créature la plus mortelle de la galaxie à la diversité des environnements terrestres est ainsi complètement gaspillée au profit d’un huis clos artificiel et peu inspiré.
Le recyclage des environnements
Pire encore que le choix de l’île, les décors eux-mêmes manquent cruellement d’originalité. On retrouve les sempiternels couloirs de laboratoires aseptisés, les salles de contrôle aux écrans clignotants et les complexes souterrains génériques. Ces environnements, bien que cohérents avec l’esthétique technologique de la franchise, deviennent redondants. Ils ne font que répéter ce que les films ont déjà montré, sans y ajouter une nouvelle perspective. L’adjectif “earth” dans le titre sonne alors comme une publicité mensongère. Les quelques incursions en milieu urbain sont trop brèves et mal intégrées pour avoir un réel impact, agissant plus comme des interludes que comme des éléments essentiels à l’histoire.
Une progression narrative sans surprise
Le scénario souffre d’une prévisibilité accablante. Les retournements de situation sont télégraphiés, les mystères sont éventés bien avant leur résolution et les arcs narratifs suivent des schémas convenus. Le spectateur aguerri n’est jamais surpris, car chaque étape de l’intrigue semble suivre une recette balisée. Cette absence de prise de risque se traduit par un rythme souvent languissant, qui peine à maintenir la tension et l’intérêt sur la durée. La structure narrative est si convenue qu’elle en devient mécanique, privant l’histoire de toute spontanéité et de tout véritable sentiment de danger.
Cette faiblesse dans la construction du monde et de l’intrigue a des conséquences directes sur ceux qui sont censés la faire vivre : les personnages.
Architecture des personnages incohérente
Des décisions au service du scénario
L’un des problèmes les plus flagrants de la série réside dans le comportement de ses personnages. Leurs actions semblent moins dictées par une logique interne, des traits de caractère établis ou des motivations claires que par les besoins immédiats du scénario. Un scientifique réputé pour sa prudence prendra soudainement des risques insensés sans explication, tandis qu’un soldat entraîné oubliera les protocoles de sécurité les plus élémentaires. Ces incohérences permanentes empêchent de s’attacher aux protagonistes, car ils ne sont pas perçus comme des individus crédibles mais comme de simples pions que les scénaristes déplacent à leur guise sur l’échiquier narratif.
La psychologie sacrifiée
La série établit des règles et des dynamiques psychologiques pour ensuite les ignorer. Un personnage présenté comme traumatisé et méfiant accordera sa confiance de manière inexplicable, un autre défini par son égoïsme se sacrifiera sans développement préalable. Ce manque de constance sabote toute tentative de construction psychologique. Voici quelques exemples de ces contradictions :
- Un expert en survie qui oublie les règles de base en forêt.
- Une hackeuse de génie qui tombe dans un piège informatique évident.
- Un leader charismatique qui perd toute capacité de décision dans les moments critiques.
Ces retournements de veste narratifs ne créent pas de la complexité, mais de la confusion. Ils donnent l’impression que les personnages souffrent d’une amnésie sélective concernant leur propre personnalité.
Des archétypes sans âme
En raison de ces incohérences, les personnages ne dépassent jamais le stade de l’archétype. Nous avons le soldat bourru, la scientifique idéaliste, le dirigeant cupide, mais aucun d’entre eux n’est investi d’une véritable humanité. Leurs dialogues, souvent artificiels et explicatifs, ne servent qu’à faire avancer l’intrigue ou à exposer des informations, au lieu de révéler leur nature profonde. Le tableau ci-dessous illustre le décalage entre l’archétype présenté et les actions illogiques.
| Archétype du personnage | Action incohérente observée |
|---|---|
| Le stratège militaire | Divise ses forces sans raison tactique face à une menace connue. |
| La biochimiste méticuleuse | Manipule un échantillon extraterrestre sans respecter le protocole de confinement. |
| Le mercenaire cynique | Fait preuve d’un altruisme soudain et non justifié qui met en péril sa mission. |
Parmi ce casting défaillant, le personnage principal cristallise à lui seul une grande partie des problèmes d’écriture de la série.
Protagoniste sans profondeur
Une performance minée par l’écriture
Il est essentiel de le souligner : la performance de l’actrice principale est souvent l’un des rares points positifs. Elle insuffle une énergie et une conviction louables à son rôle. Malheureusement, même le plus grand talent ne peut sauver un personnage aussi mal défini. L’héroïne est une coquille vide, un assemblage hétéroclite de traits de caractère contradictoires. Tour à tour vulnérable et invincible, brillante et naïve, son identité fluctue au gré des épisodes, rendant son parcours impossible à suivre ou à apprécier. Elle n’a pas d’arc narratif cohérent, seulement une succession de scènes qui la placent dans des situations différentes sans construire une évolution tangible.
L’énigme des compétences multiples
Le problème le plus irritant concernant la protagoniste est l’accumulation de capacités qui apparaissent comme par magie, sans aucune explication ni préparation. Elle démontre soudainement une expertise dans des domaines aussi variés que le pilotage d’engins complexes, le combat au corps à corps ou la compréhension de technologies extraterrestres. Ces compétences ne sont pas le fruit d’un apprentissage ou d’une expérience suggérée, elles sont simplement activées lorsque le scénario en a besoin. Ce recours systématique au deus ex machina détruit toute crédibilité et transforme une héroïne potentielle en une caricature de personnage surpuissant, sans failles ni limites.
Un parcours émotionnel illisible
Au-delà de ses compétences, son voyage émotionnel est tout aussi confus. La série tente de lui donner un passé tragique pour justifier ses actions, mais ce bagage est traité de manière superficielle. Les traumatismes sont évoqués puis oubliés, les relations avec les autres personnages sont esquissées puis abandonnées. Il n’y a pas de progression claire, pas de leçon apprise, pas de changement fondamental dans sa vision du monde. Le spectateur est incapable de se connecter à ses luttes, car elles semblent artificielles et sans conséquences réelles sur sa personnalité.
Cette écriture maladroite des personnages et de leurs émotions est le symptôme d’une ambition plus large mais tout aussi mal maîtrisée : celle de vouloir aborder des sujets complexes avec une lourdeur déconcertante.
Traitement maladroit des thèmes sérieux
La prétention d’un ton “élevé”
“Alien: earth” commet l’erreur de se prendre beaucoup trop au sérieux. La série semble vouloir s’inscrire dans la mouvance de la science-fiction “intelligente” et “prestigieuse”, mais elle confond gravité et profondeur. Au lieu d’assumer son statut de divertissement de genre et de livrer une histoire de survie efficace et tendue, elle se pare d’un ton sentencieux et d’un rythme délibérément lent. Cette posture intellectuelle est non seulement forcée, mais elle dessert l’essence même de ce qui fait le sel de la franchise Alien : la peur primale et l’action viscérale. La série se perd en dialogues pseudo-philosophiques et en scènes contemplatives qui brisent le rythme et diluent la tension.
Des métaphores appuyées
Pour appuyer sa démarche prétendument cérébrale, le scénario abuse de métaphores et de références culturelles d’une lourdeur extrême. L’exemple le plus criant est l’utilisation littérale et répétée de l’œuvre “Peter Pan” comme grille de lecture de l’intrigue. Cette référence, loin d’enrichir le propos, devient un gimmick pesant qui infantilise le spectateur en lui surlignant les thèmes abordés. Plutôt que de laisser les idées émerger organiquement de l’histoire, la série les assène avec la subtilité d’un marteau-piqueur, créant une distance avec le public qui se sent pris pour un élève à qui l’on doit expliquer la leçon.
Un commentaire social sans finesse
La série tente également d’intégrer des commentaires sur des problématiques sociales contemporaines, comme la cupidité des entreprises, l’éthique scientifique ou les inégalités. Si l’intention est louable, l’exécution est caricaturale. Les “méchants” sont des capitalistes sans scrupules dénués de toute nuance, et les thèmes sont abordés de manière manichéenne. Il n’y a pas de zone grise, pas de dilemme moral complexe. Tout est noir ou blanc, ce qui empêche toute réflexion véritable et réduit le commentaire social à un simple slogan, vidé de sa substance.
Cette incapacité à gérer les éléments humains et thématiques trouve un écho tragique dans la manière dont la série traite son principal atout : les créatures elles-mêmes.
Créatures extraterrestres sous-utilisées
Un budget visible mais mal exploité
La série bénéficie clairement d’un budget conséquent, ce qui a permis la création de nouvelles variantes de créatures extraterrestres aux côtés du xénomorphe classique. Sur le papier, ces nouveaux venus sont excitants et leur design est souvent réussi. Cependant, ils sont cruellement sous-utilisés. Leur apparition est souvent brève, leur comportement peu exploré et leur impact sur l’intrigue finalement minime. Ils agissent plus comme des obstacles ponctuels que comme une menace omniprésente et évolutive. C’est une occasion manquée de véritablement enrichir le bestiaire de la saga et de renouveler le sentiment de peur face à l’inconnu.
La démystification du xénomorphe
Le traitement du xénomorphe iconique est peut-être le plus grand sacrilège de la série. Alors que les premiers films ont bâti sa légende sur le mystère, l’inconnu et des apparitions rares mais terrifiantes, “Alien: earth” choisit la voie de la surexposition. La créature est montrée sous toutes les coutures, en pleine lumière, et ce dès les premiers épisodes. Cette omniprésence lui fait perdre toute son aura. De prédateur parfait et d’incarnation de l’horreur cosmique, il est rétrogradé au rang de simple monstre animal, un adversaire physique que l’on peut combattre presque à armes égales. Le mystère s’évanouit, et avec lui, la peur.
Un antagoniste privé de sa superbe
Dans les scènes finales, cette mauvaise utilisation atteint son paroxysme. Le xénomorphe, autrefois un chasseur implacable et intelligent, est réduit à un rôle de bête de foire dans des scènes d’action confuses et peu inspirées. Son intelligence tactique, sa capacité à utiliser l’environnement à son avantage, tout ce qui le rendait si redoutable, est balayé au profit d’une confrontation frontale décevante. Il n’est plus la star du spectacle d’horreur, mais un simple accessoire dans un final qui manque cruellement d’impact et de tension.
Au final, “Alien: earth” se présente comme une accumulation de mauvaises décisions. En abandonnant sa prometteuse prémisse pour une intrigue convenue, en peuplant son récit de personnages incohérents menés par une héroïne mal écrite, et en traitant ses thèmes avec une lourdeur prétentieuse, la série échoue sur presque tous les plans. Le pire affront reste sans doute la banalisation de sa créature iconique, vidée de son mystère et de sa capacité à terrifier. L’œuvre se révèle être une coquille vide, un produit qui porte un nom célèbre sans jamais en saisir l’âme.

