La saga Transformers, depuis des décennies, a marqué le paysage cinématographique par ses explosions titanesques et ses combats de robots géants. Mêlant la nostalgie des jouets Hasbro à la démesure hollywoodienne, la franchise a souvent divisé la critique et le public. Entre les films au gigantisme assumé, les spin-offs plus intimistes et les retours aux origines animées, établir un classement relève du défi. Pourtant, en analysant chaque opus, une hiérarchie se dessine, séparant les déceptions des réussites spectaculaires et des véritables pépites narratives. Cet article se propose de démêler cet héritage complexe pour classer les films, du plus dispensable au chef-d’œuvre inattendu.
Transformers : le Film, un retour nostalgique critiqué
Sorti en 1986, ce long-métrage d’animation est souvent regardé à travers le prisme de la nostalgie par les fans de la première heure. Cependant, un examen plus objectif révèle un projet dont les motivations profondes étaient bien plus commerciales que narratives, ce qui lui vaut la dernière place de notre classement.
Un objectif purement commercial
Le but principal de ce film n’était pas de raconter une histoire poignante, mais de préparer le terrain pour une nouvelle gamme de jouets Hasbro. Pour ce faire, le scénario n’hésite pas à éliminer sans ménagement une grande partie des personnages iconiques de la première génération. Cette approche, bien que commercialement logique, a été perçue comme un geste cynique, sacrifiant l’attachement du public sur l’autel du marketing.
Le traumatisme d’une génération
La décision la plus marquante et la plus controversée du film reste sans conteste la mort d’Optimus Prime. Pour des millions de jeunes spectateurs, cette scène fut un véritable choc, un événement d’une brutalité inattendue dans un univers jusqu’alors plus manichéen. Si ce moment est devenu culte, il est emblématique d’une écriture qui privilégie l’effet de surprise à la construction émotionnelle, laissant un goût amer à une partie de son audience.
Malgré ses défauts, ce film d’animation a posé des bases narratives et un ton que la saga live-action a souvent tenté de retrouver, notamment à travers des projets cherchant à renouer avec cette décennie fondatrice.
Bumblebee : un spin-off aux enjeux limités
En proposant une approche radicalement différente des films précédents, ce spin-off a été salué par une partie de la critique pour sa fraîcheur et son ton inspiré des productions Amblin des années 80. Pourtant, en s’éloignant de la formule épique de la saga, il perd une part de ce qui faisait l’identité des Transformers au cinéma.
Une direction artistique rafraîchissante
Le film se distingue par une volonté claire de rupture. L’échelle est plus intimiste, l’action moins frénétique et le design des robots, beaucoup plus fidèle aux jouets originaux, a ravi les puristes. Cette nouvelle orientation peut se résumer en quelques points clés :
- Une histoire centrée sur l’amitié entre une humaine et un robot.
- Un ton plus léger et teinté d’humour et d’émotion.
- Des scènes de combat plus lisibles et moins destructrices.
Un impact mythologique en retrait
Le principal reproche adressé au film est son manque d’enjeux à grande échelle. L’histoire, bien que touchante, reste anecdotique dans la grande mythologie Transformers. L’absence du réalisateur historique, maître du gigantisme et de la destruction, se fait cruellement sentir. Le film est charmant, mais il lui manque le souffle épique et l’impact mythologique qui caractérisent les meilleurs opus. C’est un excellent film d’aventure, mais un film Transformers en demi-teinte.
Cette parenthèse plus douce et contenue contraste fortement avec l’épisode qui a tenté, sans succès, de bâtir tout un univers étendu sur les fondations d’un désordre scénaristique assumé.
Transformers 5 : the Last Knight, un chaos épique
Cet opus est sans doute le plus symptomatique de la démesure et des errements de la saga. Porté par l’ambition de créer un univers partagé, le film se perd dans une multitude d’intrigues et de sous-textes qui le rendent souvent incompréhensible, bien que visuellement spectaculaire par moments.
Une ambition narrative démesurée
Le développement du film fut notoirement chaotique. Une équipe de scénaristes a été assemblée pour imaginer l’avenir de la franchise, mais le résultat est un collage d’idées disparates. L’intrigue mêle sans aucune cohérence la légende arthurienne, une société secrète millénaire et une menace cosmique, le tout dans un montage épileptique qui sacrifie la clarté sur l’autel du rythme.
La fracture avec le public
Si la surenchère a longtemps été la marque de fabrique et le succès de la série, cet épisode a marqué un point de rupture. La confusion du récit et la répétition des schémas ont lassé une partie du public, se traduisant par une performance décevante au box-office, comme le montre la tendance.
| Film | Box Office Mondial (approximatif) |
| Transformers 3 : la Face cachée de la Lune (2011) | 1,12 milliard $ |
| Transformers 4 : l’Âge de l’extinction (2014) | 1,10 milliard $ |
| Transformers 5 : the Last Knight (2017) | 605 millions $ |
Ce trop-plein d’intrigues et ce montage frénétique rappellent un autre épisode de la saga, lui aussi critiqué pour son scénario sacrifié sur l’autel de l’action à outrance.
Transformers 2 : la Revanche, spectacle en demi-teinte
Produit dans des conditions difficiles, notamment en raison de la grève des scénaristes de 2007-2008, ce deuxième volet est souvent considéré comme un opus faible. Il pousse tous les curseurs du premier film à l’extrême, pour le meilleur et surtout pour le pire, résultant en un spectacle visuel impressionnant mais une narration incohérente.
Une production sous pression
Le film a souffert d’un scénario écrit à la hâte, ce qui se ressent à chaque instant. L’intrigue est confuse, les motivations des personnages sont floues et l’humour, souvent lourd et de mauvais goût, atteint des sommets de maladresse avec des personnages secondaires vivement critiqués à l’époque. Le film donne l’impression d’une improvisation constante, sauvée uniquement par des morceaux de bravoure visuels.
La surenchère visuelle comme unique salut
Là où le film réussit, c’est dans sa capacité à offrir un spectacle pyrotechnique encore plus grand que son prédécesseur. La surenchère visuelle est totale. La bataille en forêt, où Optimus Prime affronte plusieurs Decepticons, reste l’une des scènes d’action les plus mémorables de toute la franchise. Pour une partie des fans, cette générosité dans l’action suffit à pardonner les faiblesses d’un script quasi inexistant.
Face à cette escalade dans le chaos, la saga a ensuite opéré un virage notable, tentant de retrouver un équilibre plus sain entre l’hommage aux origines et le blockbuster moderne.
Transformers : rise of the Beasts, un retour aux sources
Ce film agit comme un soft reboot, cherchant à injecter une nouvelle énergie dans la franchise tout en rendant hommage à des pans entiers de son histoire, notamment la série animée *Beast Wars*. Le résultat est un blockbuster solide et efficace, plus modeste dans ses ambitions mais plus sympathique dans son exécution.
L’héritage de la première génération
La grande force du film est d’introduire enfin les Maximals, les Predacons et les Terrorcons sur grand écran. Ce faisant, il connecte la saga cinématographique à une autre époque très appréciée des fans. Les designs des robots, inspirés de la première génération, et l’ambiance des années 90 contribuent à créer un sentiment de nostalgie bienveillante, tout en proposant de nouveaux enjeux.
Des personnages humains plus attachants
Contrairement à certains de ses prédécesseurs, le film prend le temps de développer ses personnages humains. Leur histoire est plus simple, plus touchante, et leur relation avec les Autobots semble plus authentique. Cette tendresse et cette attention portée aux protagonistes ancrent le récit et donnent un véritable poids émotionnel aux scènes d’action, qui ne sont plus seulement une démonstration technique.
Ce retour aux sources, bien que réussi en live-action, ne pouvait égaler la profondeur et la liberté créative offertes par un retour au format originel de la saga : l’animation. C’est dans ce domaine que la franchise a finalement trouvé sa forme la plus aboutie.
Transformers : le Commencement, une saga enfin aboutie
En tête de notre classement se trouve le film qui a réussi là où tous les autres ont échoué : donner une âme véritable et une profondeur tragique à l’histoire des Transformers. Réalisé par un maître de l’animation, ce préquel est bien plus qu’un simple film de franchise, c’est une œuvre cinématographique riche, émotive et spectaculaire.
Une histoire d’origine enfin maîtrisée
Le film explore les origines de la guerre civile sur Cybertron en se concentrant sur la relation fraternelle entre Orion Pax, le futur Optimus Prime, et D-16, le futur Megatron. Loin de se contenter d’une simple opposition manichéenne, le scénario dépeint une véritable tragédie grecque, celle de deux frères d’armes que l’idéologie et les circonstances vont transformer en ennemis jurés. L’écriture est fine, les dialogues sont percutants et l’arc narratif est d’une cohérence exemplaire.
L’excellence de l’animation et des thématiques
L’animation de très haute qualité permet de donner vie à un Cybertron vibrant et détaillé, tout en conférant aux robots une expressivité et une gamme d’émotions que le live-action peine souvent à capturer. Au-delà de sa beauté formelle, le film aborde des enjeux politiques complexes : la lutte des classes, la corruption du pouvoir, la nature du sacrifice. Il transcende ses racines mercantiles pour offrir un récit universel et puissant sur la fraternité brisée.
Le parcours de la franchise Transformers est celui d’une quête d’identité, oscillant entre le spectacle pyrotechnique débridé et la recherche d’une âme narrative. Des débuts animés maladroits au chaos de certains blockbusters, en passant par des tentatives de retour aux sources plus humaines, chaque film a apporté sa pierre à un édifice inégal. Il aura fallu un retour à l’animation pour que la saga trouve enfin son équilibre, prouvant que derrière les armures de métal se cache une histoire puissante de fraternité et de tragédie, la plus aboutie de toutes.

