Actrice au parcours éclectique, Milla Jovovich a su marquer les esprits bien au-delà de son rôle emblématique dans la saga Resident Evil, en collaborant avec des réalisateurs de renom tels que Spike Lee ou Wim Wenders. Pourtant, sa carrière reste indissociable de sa période française aux côtés de Luc Besson, une collaboration qui a donné naissance à deux œuvres radicalement opposées : le succès planétaire et culte du Cinquième Élément, et l’épopée historique de Jeanne d’Arc. Si le premier film a propulsé le duo au firmament, le second s’est soldé par un échec retentissant, une déception que l’actrice lie intimement, encore aujourd’hui, à la détérioration de sa relation personnelle avec le réalisateur durant la production.
L’ascension de Milla Jovovich et sa collaboration avec Luc Besson
Une muse et un réalisateur
La rencontre entre l’actrice et le réalisateur français a d’abord été une évidence artistique. Pour Le Cinquième Élément, il cherchait un visage et une présence capables d’incarner Leeloo, un personnage hors norme, à la fois fragile et surpuissant. Elle a su capter cette dualité, devenant instantanément la muse du cinéaste. Leur collaboration iconique a dépassé le simple cadre professionnel, créant une alchimie visible à l’écran qui a largement contribué au succès du film. Cette synergie a fait d’eux l’un des couples les plus en vue du cinéma de la fin des années 90, mêlant projet artistique et histoire personnelle.
Du succès critique au triomphe commercial
Le Cinquième Élément n’a pas été seulement un succès, ce fut un phénomène culturel. Avec son esthétique unique, son univers foisonnant et son audace narrative, le film a conquis le public mondial et a assis la réputation du réalisateur à l’international. Pour l’actrice, ce rôle a été un véritable tremplin, la révélant au grand public dans un registre inattendu. Le succès commercial fut indéniable, transformant un projet audacieux en une réussite financière éclatante.
Résultats financiers du film Le Cinquième Élément
| Indicateur | Montant (approximatif) |
|---|---|
| Budget de production | 90 millions de dollars |
| Recettes au box-office mondial | 263 millions de dollars |
Le projet Jeanne d’Arc : une ambition partagée
Forts de ce triomphe, les deux artistes se sont lancés dans un projet encore plus ambitieux : une fresque historique sur la vie de Jeanne d’Arc. Le réalisateur nourrissait ce rêve depuis longtemps. Ironiquement, le projet était initialement entre les mains de la réalisatrice Kathryn Bigelow, avec une autre actrice pressentie pour le rôle principal. Après des différends de production, Luc Besson a repris les rênes, développant sa propre version et insistant pour que sa compagne et muse incarne la pucelle d’Orléans. C’était l’occasion pour elle de prouver l’étendue de son talent dans un rôle à contre-emploi, exigeant et dramatique.
Leur dynamique professionnelle, qui avait fait des merveilles, semblait être le gage d’un nouveau chef-d’œuvre. Cependant, la production de cette épopée historique allait rapidement se transformer en un véritable champ de bataille, mettant à l’épreuve non seulement leur vision artistique commune mais aussi la solidité de leur union.
Le tournage tumultueux de Jeanne d’Arc
Des défis de production colossaux
Le tournage de Jeanne d’Arc fut une entreprise titanesque. Avec un budget conséquent et un casting international prestigieux, le film ne lésinait pas sur les moyens pour recréer la France du XVe siècle. Les équipes ont dû faire face à de nombreux défis logistiques et humains pour donner vie aux scènes de batailles épiques et aux décors grandioses. La production a mobilisé des ressources considérables, comme en témoignent certains de ses aspects les plus complexes :
- La gestion de milliers de figurants pour les scènes de siège et de combat.
- Des conditions météorologiques souvent capricieuses qui compliquaient les tournages en extérieur.
- La coordination d’impressionnantes cascades et de combats à grande échelle.
- La reconstitution minutieuse des costumes et des armures d’époque.
Une performance habitée
Au cœur de cette superproduction, Milla Jovovich s’est investie corps et âme dans son personnage. Elle a livré une performance d’une intensité rare, explorant les tourments, la foi inébranlable et la fureur guerrière de Jeanne. L’actrice a toujours considéré ce rôle comme l’une de ses meilleures prestations, le fruit d’un travail acharné et d’une immersion totale. Elle ne s’est pas contentée de jouer Jeanne d’Arc, elle a cherché à la comprendre, à ressentir ses visions et sa détermination, ce qui a donné lieu à des scènes d’une puissance émotionnelle brute.
Les premières fissures dans la relation
Malheureusement, l’intensité du tournage a eu raison de l’harmonie du couple. La pression d’un tel projet, combinée à la complexité de diriger sa propre épouse dans un rôle aussi éprouvant, a créé un environnement de travail et de vie extrêmement volatile. Les tensions nées sur le plateau ont commencé à déborder dans leur sphère privée, et les premières fissures sont apparues dans leur relation, annonçant une fin imminente.
La ferveur du tournage et l’engagement de l’actrice étaient palpables, mais les tensions personnelles qui couvaient en coulisses allaient finalement éclater au grand jour et influencer de manière décisive la phase cruciale de la post-production.
La relation personnelle et professionnelle entre Jovovich et Besson
Quand l’amour et le travail se mêlent
Le mélange des genres entre vie privée et vie professionnelle peut être un moteur créatif puissant, mais il est aussi un terrain glissant. Pour le couple, la frontière entre le réalisateur et le mari, entre l’actrice et l’épouse, est devenue de plus en plus floue. Ce qui était une force sur Le Cinquième Élément s’est transformé en faiblesse sur Jeanne d’Arc, où les désaccords artistiques prenaient une dimension personnelle et les conflits intimes rejaillissaient sur le plateau.
La rupture avant la sortie
L’événement décisif fut leur séparation, qui a eu lieu avant même que le film ne soit finalisé. Ce point de rupture est intervenu pendant la phase de montage, une étape où le réalisateur a le pouvoir absolu de sculpter le film, de choisir le rythme, de sélectionner les prises et, finalement, de définir la perception que le public aura de chaque personnage. Pour l’actrice, le timing de cette rupture a été lourd de conséquences pour l’œuvre finale.
Une vengeance personnelle ?
Avec le recul, Milla Jovovich a confié avoir ressenti le montage final comme une forme de vengeance personnelle de la part de son ex-mari. Elle a eu le sentiment que les choix de montage visaient à déformer sa performance. Selon elle, le film a délibérément accentué les moments de crise et de folie du personnage, la faisant paraître bien plus instable et hystérique que ce qu’elle avait voulu interpréter, transformant ainsi la foi mystique de Jeanne en une forme de déséquilibre mental.
Cette conviction que le montage a été biaisé par leur histoire personnelle soulève des questions sur la manière dont les choix techniques ont pu concrètement transformer sa performance à l’écran, modifiant ainsi le message et l’émotion qu’elle souhaitait transmettre.
L’impact du montage sur l’interprétation de Jovovich
Une Jeanne d’Arc réinterprétée
Sur le plateau, l’actrice avait construit une Jeanne complexe, mue par une foi profonde et une force intérieure hors du commun. Cependant, à l’écran, le personnage apparaît souvent frénétique, presque possédé. Le montage, en privilégiant systématiquement les prises où son jeu était le plus extrême, a créé une dissonance entre l’intention de l’actrice et le résultat final. La guerrière inspirée laissait trop souvent place à une jeune femme au bord de la crise de nerfs, ce qui a dérouté une partie du public et de la critique.
Les choix du réalisateur en salle de montage
La salle de montage est le lieu où un film naît une seconde fois. Par la sélection des plans, leur durée, leur agencement et l’habillage sonore, un réalisateur peut infléchir radicalement le sens d’une scène ou la psychologie d’un personnage. Dans le cas de Jeanne d’Arc, l’accent a été mis sur les éclats de voix, les regards hallucinés et les gestes brusques, au détriment de moments plus introspectifs ou de force tranquille que l’actrice assure avoir également tournés.
La vision de l’actrice contre celle du film
Ce conflit de vision est au cœur de la déception de Milla Jovovich. Elle se sentait dépossédée de son travail, livrant une matière première qui aurait été sculptée à son désavantage. Ce décalage illustre parfaitement la vulnérabilité d’un acteur face au montage final.
Comparaison des visions du personnage
| Aspect du personnage | Vision de l’actrice (selon ses dires) | Résultat perçu à l’écran |
|---|---|---|
| La foi | Source de force intérieure et de détermination | Proche du fanatisme et de l’hallucination |
| Le leadership | Inspirant et charismatique | Erratique et impulsif |
| La personnalité | Complexe, mêlant doute et certitude | Principalement instable et exaltée |
Cette divergence fondamentale entre la performance livrée et le personnage finalisé a inévitablement conduit à une réception publique et critique pour le moins partagée, scellant le destin du film.
Conséquences et critiques du film Jeanne d’Arc
Un accueil critique mitigé
À sa sortie, Jeanne d’Arc a divisé la critique. Si la virtuosité visuelle, la reconstitution historique et l’ampleur des scènes de bataille ont été saluées par certains, beaucoup ont fustigé un scénario jugé confus et une approche psychologique du personnage principal jugée outrancière. Cette dualité s’est reflétée dans les cérémonies de récompenses : en France, le film a reçu plusieurs nominations aux César, principalement pour ses aspects techniques comme les costumes et le son. À l’inverse, aux États-Unis, la performance de son actrice principale a été pointée du doigt.
L’échec commercial
Malgré un budget colossal et une campagne de promotion massive, le film n’a pas trouvé son public. Les recettes en salles ont à peine remboursé les coûts de production, sans même parler des frais de marketing. Cet échec commercial a marqué un coup d’arrêt pour le réalisateur et a laissé un goût amer à toute l’équipe, contrastant violemment avec le succès insolent de leur collaboration précédente.
Bilan financier du film Jeanne d’Arc
| Indicateur | Montant (approximatif) |
|---|---|
| Budget de production | 60 millions de dollars |
| Recettes au box-office mondial | 67 millions de dollars |
Une nomination aux Razzie Awards
Pour Milla Jovovich, l’affront ultime fut sa nomination aux Razzie Awards dans la catégorie de la “pire actrice”. Être la seule du film à être ainsi “distinguée” a renforcé son sentiment d’avoir été trahie et d’avoir servi de bouc émissaire pour l’échec du film. Cette nomination contrastait de manière cruelle avec l’investissement personnel et la fierté qu’elle tirait de son travail sur le plateau.
Bien des années après cette tempête médiatique et cette déconvenue professionnelle, l’actrice a eu le temps de digérer cette expérience charnière, lui permettant de poser un regard plus apaisé, mais non moins lucide, sur ce chapitre de sa vie.
Le regard rétrospectif de Milla Jovovich sur cette expérience
Une performance gâchée
Avec le temps, le sentiment de l’actrice n’a pas changé : elle reste persuadée que le film avait le potentiel pour être un grand classique. « Ça aurait pu être un super film », a-t-elle récemment confié. Elle ne renie rien de sa performance, qu’elle continue de défendre comme l’une des plus abouties de sa carrière, mais elle déplore la manière dont elle a été présentée au public. Pour elle, le film reste l’histoire d’une occasion manquée, d’un chef-d’œuvre potentiel sacrifié sur l’autel d’une rupture personnelle.
Aucun regret, mais une leçon apprise
Malgré l’amertume, elle affirme ne pas regretter cette aventure. Elle garde en mémoire les défis du tournage, l’intensité de l’expérience et la camaraderie sur le plateau. Cet épisode douloureux fut aussi une leçon de cinéma et de vie. Elle a appris à ses dépens comment les dynamiques de pouvoir en post-production peuvent redéfinir le travail d’un acteur et l’importance de séparer, autant que possible, les sphères professionnelle et privée, surtout dans un milieu aussi exposé.
Passer à autre chose
Cette épreuve a sans doute renforcé sa détermination. Loin de la fragiliser, elle lui a permis de rebondir et de prendre son destin en main. Peu de temps après, elle a endossé le rôle d’Alice dans Resident Evil, une franchise qui a fait d’elle une icône mondiale du cinéma d’action et lui a offert une stabilité professionnelle sur plus d’une décennie. Un succès qu’elle a construit selon ses propres termes, loin de la figure du réalisateur-mentor.
L’histoire de Jeanne d’Arc illustre la complexité de la création cinématographique, où le talent, l’ambition et les relations humaines s’entremêlent pour le meilleur et parfois pour le pire. L’épopée manquée de Milla Jovovich et Luc Besson demeure un cas d’école fascinant, rappelant qu’un film est le produit d’une alchimie fragile. La collaboration prometteuse, marquée par un succès initial fulgurant, a sombré lors d’une production tumultueuse où la rupture personnelle du couple star a, selon l’actrice, irrémédiablement altéré l’œuvre finale, conduisant à un échec critique et commercial dont elle garde aujourd’hui une cicatrice mais aussi une leçon de résilience.

