Le studio Lionsgate, poids lourd de l’industrie cinématographique, a officiellement annoncé son intention de s’attaquer à un nouveau territoire : le jeu vidéo à gros budget, ou AAA. En s’appuyant sur deux de ses licences les plus lucratives et identifiables, John Wick et Saw, la société de production entend bien transformer ses succès du grand écran en expériences interactives d’envergure mondiale. Cette décision stratégique marque un tournant, délaissant les productions de niche pour viser directement les sommets d’un marché aussi compétitif que rentable.
Lionsgate entre dans l’arène du jeu vidéo AAA
L’annonce, faite lors d’une présentation des résultats financiers, a secoué le monde du divertissement. Il ne s’agit plus de simples produits dérivés ou de jeux mobiles, mais bien de projets de grande ampleur destinés à rivaliser avec les ténors du secteur. Pour Lionsgate, l’enjeu est de capitaliser sur la popularité immense de ses franchises pour diversifier ses sources de revenus et créer un écosystème transmédia plus robuste.
Une stratégie de diversification audacieuse
Le passage au jeu vidéo AAA est une démarche logique mais risquée. Le développement d’un tel titre demande des investissements colossaux, souvent supérieurs à ceux d’un blockbuster hollywoodien. Cependant, les retours sur investissement potentiels sont tout aussi gigantesques. En contrôlant la production de ces jeux, Lionsgate s’assure une cohérence créative avec ses univers cinématographiques et capte une part plus importante de la valeur générée par ses propres créations. C’est une tentative de construire des univers étendus où films, séries et jeux vidéo se répondent et s’enrichissent mutuellement.
Le choix des licences phares
Le choix de John Wick et Saw n’est pas anodin. Ces deux franchises possèdent des identités visuelles et narratives extrêmement fortes, un terreau fertile pour des adaptations vidéoludiques. Elles s’adressent à un public adulte, en phase avec la cible majoritaire des jeux AAA.
- John Wick : Un univers d’action stylisé, des chorégraphies de combat iconiques et un personnage principal charismatique.
- Saw : Une ambiance de thriller psychologique et d’horreur, basée sur des énigmes mortelles et une tension permanente.
Ces deux piliers offrent des possibilités de gameplay distinctes et prometteuses, capables de séduire des segments différents du marché des joueurs.
Cette entrée fracassante sur le marché du jeu vidéo AAA soulève immédiatement la question des stratégies spécifiques envisagées pour une franchise aussi axée sur l’action que John Wick.
Stratégies et ambitions pour John Wick
Pour John Wick, le défi est de taille : transposer l’action balistique et chorégraphiée, le fameux gun-fu, en une expérience de jeu à la fois jouissive et fidèle au matériau d’origine. Le personnage est déjà une icône, mais le transformer en avatar jouable demande une expertise particulière. Le studio ne part pas de zéro, mais l’ambition est d’une tout autre échelle.
Capitaliser sur un succès d’estime
La franchise a déjà connu une incursion réussie dans le jeu vidéo avec John Wick Hex, un jeu de stratégie tactique salué par la critique pour son intelligence et son respect de l’univers. Cependant, ce titre restait une production indépendante, loin des standards d’un AAA. Le nouveau projet devra offrir des graphismes photoréalistes, un monde ouvert ou semi-ouvert et une production de très haute volée. L’objectif est de passer d’une représentation cérébrale de l’action à une incarnation viscérale du personnage.
Définir le gameplay du Baba Yaga
Le cœur du jeu sera sans aucun doute son système de combat. Les développeurs devront créer une mécanique qui mélange avec fluidité tirs précis, arts martiaux et utilisation de l’environnement. On peut imaginer un jeu d’action à la troisième personne qui mettrait l’accent sur :
- La gestion des munitions, un élément clé des films.
- Un système de parade et de contre-attaque dynamique.
- Des phases d’infiltration permettant de planifier ses attaques.
- Une narration qui explore plus en profondeur l’univers de la Haute Table et du Continental.
Le succès du jeu reposera sur sa capacité à faire ressentir au joueur la puissance, la précision et la vulnérabilité de John Wick.
Si la voie pour John Wick semble tracée vers l’action pure, l’adaptation de Saw présente des problématiques bien plus complexes et un héritage vidéoludique à surmonter.
Les défis d’adaptation pour Saw
Contrairement à John Wick, la franchise Saw traîne une réputation difficile dans le monde du jeu vidéo. Les précédentes adaptations ont été fraîchement accueillies, jugées peu inspirées et techniquement datées. Le premier défi pour Lionsgate sera donc de faire oublier ce passé et de proposer une vision qui rende enfin justice à l’ingéniosité macabre de Jigsaw.
Effacer un héritage vidéoludique mitigé
Les jeux Saw sortis par le passé étaient des jeux d’action-aventure assez classiques qui peinaient à retranscrire la tension psychologique des films. Ils se concentraient trop sur des combats maladroits au lieu de mettre en avant l’essence de la saga : les pièges et les choix moraux. Le nouveau projet AAA devra impérativement se démarquer de cet héritage en proposant une expérience fondamentalement différente, plus axée sur la réflexion et l’horreur psychologique que sur l’action directe.
Quel genre pour Jigsaw ?
Plusieurs pistes de gameplay pourraient être explorées pour une adaptation moderne et réussie. Le studio devra faire un choix stratégique pour définir la nature de l’expérience, chaque option présentant ses avantages et ses inconvénients.
| Concept de jeu potentiel | Avantages | Inconvénients |
|---|---|---|
| Survival-horror solo | Immersion forte, narration contrôlée, focus sur les énigmes et la peur. | Moins de rejouabilité, marché très concurrentiel (Resident Evil, Silent Hill). |
| Jeu multijoueur asymétrique | Grand potentiel de rejouabilité, correspond à la dynamique “maître du jeu contre victimes”. | Nécessite un équilibrage parfait, difficile de maintenir une base de joueurs active. |
| Jeu d’enquête narratif | Met l’accent sur l’histoire et les choix moraux, fidèle à l’esprit thriller des films. | Peut manquer d’action pour un titre AAA, public potentiellement plus restreint. |
Le choix final déterminera si le jeu parviendra à capturer l’angoisse et le dilemme moral qui ont fait le succès des films.
Au-delà des choix de genre spécifiques à chaque licence, Lionsgate devra faire face à des enjeux techniques et financiers communs à toute production de cette envergure.
De l’écran au contrôleur : enjeux techniques
Passer du cinéma au jeu vidéo AAA implique de relever des défis techniques et structurels considérables. Il ne suffit pas d’avoir une bonne idée ; il faut disposer des ressources, des talents et de la technologie pour la concrétiser. Pour un nouvel acteur comme Lionsgate, cette étape est sans doute la plus critique.
Le gouffre financier et humain du AAA
Le développement d’un jeu AAA moderne est un processus long et coûteux. Il nécessite des équipes de plusieurs centaines de personnes (développeurs, artistes, designers, ingénieurs du son) travaillant pendant plusieurs années. Les budgets peuvent facilement dépasser les 100 millions de dollars, sans compter les frais de marketing. Lionsgate devra soit monter son propre studio de développement, ce qui est un pari énorme, soit s’associer avec un studio déjà établi et reconnu, ce qui implique de partager les bénéfices et une partie du contrôle créatif.
Traduire une expérience passive en interactivité
Le plus grand défi est de transformer une expérience passive, où le spectateur suit une histoire, en une expérience active, où le joueur est le protagoniste. Pour John Wick, cela signifie créer des systèmes de jeu qui permettent au joueur d’exécuter des actions complexes avec la même fluidité que celle vue à l’écran. Pour Saw, il s’agit de concevoir des énigmes qui soient à la fois logiques, difficiles et angoissantes, sans frustrer le joueur. L’interactivité impose de penser non pas à une seule narration, mais à une multitude de possibilités et de réactions du joueur.
Ces défis techniques et financiers se placent dans un contexte où le marché est déjà occupé par des acteurs puissants et bien installés.
Concurrence avec les géants du secteur
Lionsgate n’arrive pas en terrain conquis. Le marché du jeu vidéo AAA est dominé par des éditeurs historiques qui disposent de décennies d’expérience, de franchises établies et de communautés de fans fidèles. Pour se faire une place, les jeux John Wick et Saw devront être non seulement bons, mais exceptionnels.
Un marché saturé et exigeant
Le public des jeux AAA est habitué à un très haut niveau de qualité. La moindre faiblesse technique, un gameplay répétitif ou une histoire mal écrite peuvent être sanctionnés par des critiques négatives et un échec commercial. Les nouveaux venus sont scrutés avec une attention particulière. Lionsgate devra prouver sa légitimité en livrant un produit fini et poli, capable de rivaliser avec les productions de studios comme Naughty Dog, Rockstar Games ou Ubisoft.
Se différencier pour exister
Face à des mastodontes, la simple force d’une licence ne suffit pas. Les jeux devront proposer quelque chose d’unique.
- Pour John Wick, la différenciation pourrait venir d’un système de combat plus tactique et réaliste que celui des jeux d’action traditionnels.
- Pour Saw, une approche innovante du genre horrifique, peut-être en intégrant des mécaniques multijoueurs inédites, pourrait créer la surprise.
L’originalité et la qualité d’exécution seront les clés pour convaincre les joueurs de donner leur chance à ces nouvelles adaptations.
Cette offensive sur deux fronts n’est probablement que le début d’une stratégie plus large visant à exploiter l’ensemble du catalogue de franchises du studio.
L’avenir des franchises Lionsgate dans le jeu vidéo
Le succès ou l’échec des projets John Wick et Saw déterminera l’avenir de Lionsgate en tant qu’éditeur de jeux vidéo. Si le pari est réussi, il pourrait ouvrir la voie à l’adaptation de nombreuses autres licences de son portefeuille, transformant durablement le modèle économique de l’entreprise.
Au-delà de Wick et Saw
D’autres propriétés intellectuelles de Lionsgate possèdent un fort potentiel vidéoludique. On pense notamment à Hunger Games, qui pourrait donner naissance à un jeu de type battle royale narratif ou à un jeu d’aventure et de survie. Des franchises comme Expendables ou Insaisissables pourraient également être adaptées, chacune dans un genre différent. L’ambition est de créer un catalogue de jeux diversifié, s’appuyant sur la notoriété de ses films.
Construire un écosystème transmédia durable
À long terme, l’objectif de Lionsgate est de ne plus voir ses licences comme de simples films, mais comme des univers étendus. Les jeux vidéo deviendraient des pièces maîtresses de cet écosystème, permettant d’approfondir les histoires, d’explorer de nouveaux personnages et de maintenir l’engagement du public entre deux sorties au cinéma. Alors qu’un nouveau film Saw est en préparation et que John Wick 5 est confirmé, la synergie entre les médias sera cruciale. Cette stratégie transmédia, si elle est bien menée, pourrait devenir un modèle pour d’autres studios de cinéma.
L’incursion de Lionsgate dans le jeu vidéo AAA est une manœuvre ambitieuse qui témoigne de la convergence croissante entre Hollywood et l’industrie vidéoludique. En misant sur les univers puissants de John Wick et Saw, le studio se lance un défi de taille, confronté à des enjeux techniques, créatifs et commerciaux immenses. Le succès de cette entreprise dépendra de sa capacité à transformer des concepts cinématographiques forts en expériences interactives profondes et abouties, capables de se faire une place dans un marché ultra-compétitif.

