De la claque visuelle de 2006 au plantage mobile de 2019, la saga Gears of War a tout connu : l’apothéose, le recyclage, et même la honte sur smartphone. Avec son ADN fait de murs criblés de balles, de tronçonneuses greffées sur des fusils d’assaut, et de dialogues qui transpirent autant de sueur que de virilité en carton-pâte, gears of War, c’est LE blockbuster testostéroné qui a façonné une génération de gamers. Depuis son lancement en 2006, la saga a tout connu : l’apogée technique sur Xbox 360, la transition parfois douloureuse vers la Xbox One, et même quelques spin-offs qui auraient peut-être mieux fait de rester au stade de projet PowerPoint. Face à une telle histoire, riche en succès critiques et en échecs cuisants, établir un classement s’impose. Voici notre verdict, du pire au meilleur.
Les débuts maladroits : gears pop ! et la leçon du mobile
Au fond du classement, sans l’ombre d’une contestation possible, se trouve Gears Pop !. Cette tentative de décliner l’univers brutal de Gears of War sur mobile s’est soldée par un échec retentissant. En transformant les colosses de la CGU en figurines Funko Pop, le jeu a non seulement trahi l’identité visuelle de la série, mais a surtout renié son âme. L’ambiance sombre et désespérée de Sera a laissé place à un style cartoon qui n’avait aucun sens, une décision artistique qui a immédiatement aliéné la base de fans.
Une trahison de l’esprit gears
Le problème fondamental de Gears Pop ! ne résidait pas seulement dans son esthétique. Le gameplay, un clone à peine déguisé de Clash Royale, abandonnait toute notion de tir tactique à la troisième personne pour un système de stratégie en temps réel simpliste. L’action frénétique et viscérale, marque de fabrique de la saga, était remplacée par un simple glisser-déposer de figurines sur un champ de bataille. Pour les vétérans de la série, le choc fut brutal : le fusil à pompe Gnasher n’était plus une arme de talent, mais une simple carte à jouer. C’était une simplification à outrance, une véritable insulte à l’héritage de la franchise.
Un modèle économique qui scelle le destin
Pire encore, le jeu était gangréné par un modèle économique pay-to-win agressif. La progression était lente et frustrante, poussant constamment les joueurs à dépenser de l’argent réel pour obtenir des unités plus puissantes ou accélérer l’ouverture de coffres. Ce système a créé une expérience profondément déséquilibrée et a confirmé le sentiment général que Gears Pop ! n’était qu’une tentative cynique de monétiser une licence populaire. Le résultat ne s’est pas fait attendre : les serveurs ont été définitivement fermés en avril 2021, moins de deux ans après son lancement, laissant ce spin-off comme une cicatrice honteuse dans l’histoire de la saga.
| Titre | Date de sortie | Date de fermeture des serveurs | Durée de vie |
|---|---|---|---|
| Gears Pop ! | Août 2019 | Avril 2021 | 1 an et 8 mois |
Si cet écart mobile peut être considéré comme une simple erreur de parcours, un autre spin-off, cette fois sur console, avait déjà montré des signes d’essoufflement pour la franchise.
Un préquel qui divise : gears of war: judgment
Avant le naufrage de Gears Pop !, un autre jeu avait déjà tenté de s’éloigner de la formule classique, avec des résultats pour le moins mitigés. Gears of War: Judgment, développé par People Can Fly, se voulait un préquel centré sur les personnages de Damon Baird et Augustus Cole. Sur le papier, l’idée de donner les rênes aux deux compères les plus charismatiques de l’escouade Delta avait du potentiel. Malheureusement, l’exécution a laissé de nombreux fans sur leur faim.
Une structure narrative et ludique déroutante
Le principal reproche adressé à Judgment est sa structure. Le jeu abandonne la campagne cinématographique et continue des précédents opus pour une succession de missions courtes, racontées sous forme de témoignages lors du procès de Baird. Chaque segment est noté avec un système d’étoiles, encourageant la rejouabilité au détriment de l’immersion. Cette approche très “arcade” casse le rythme et empêche le joueur de se sentir véritablement investi dans l’histoire. On ne vit plus une guerre désespérée, on enchaîne des niveaux pour obtenir le meilleur score, ce qui va à l’encontre de l’expérience narrative forte de la trilogie originale.
Des changements de gameplay malvenus
Au-delà de sa narration fragmentée, Judgment a introduit des changements de gameplay qui n’ont pas fait l’unanimité. La possibilité de ne porter que deux armes et le remaniement des commandes ont perturbé les habitudes des joueurs vétérans. De plus, bien que Baird et Cole soient des personnages appréciés, leur duo ne parvient jamais à recréer la même alchimie que celle entre Marcus et Dom. L’absence d’un enjeu global fort et d’un sentiment d’urgence rend l’aventure anecdotique, la faisant ressembler davantage à une extension qu’à un véritable épisode canonique. C’est un jeu compétent, mais qui manque cruellement de l’âme et de l’ambition qui caractérisent les meilleurs titres de la série.
Après un spin-off décevant, la pression était immense pour le premier épisode d’une nouvelle trilogie, qui devait à la fois rassurer les fans et faire entrer la saga dans une nouvelle ère.
Gears of war 4 : la transition timide vers une nouvelle ère
Après le rachat de la licence par Microsoft, le studio The Coalition avait la lourde tâche de succéder à Epic Games. Gears of War 4 était donc un test majeur : celui de la transition. Le jeu introduit une nouvelle génération de héros, avec JD Fenix, le fils de Marcus, en tête d’affiche. Malheureusement, le studio a peut-être joué la carte de la sécurité avec un peu trop d’insistance, livrant un épisode solide mais terriblement frileux.
Un air de déjà-vu
Le principal défaut de Gears of War 4 est son manque d’audace. La structure de la campagne, les situations de jeu et même le nouvel ennemi, le Swarm, ressemblent à s’y méprendre à ce que la trilogie originale proposait. Le Swarm, en particulier, peine à s’imposer comme une menace inédite, agissant et ressemblant beaucoup trop aux Locustes. Le jeu semble constamment regarder dans le rétroviseur, allant jusqu’à faire revenir Marcus Fenix dans un rôle central, éclipsant presque son propre fils. JD et ses amis, Del et Kait, manquent de charisme au début de l’aventure, et peinent à faire oublier l’escouade Delta. C’est un jeu qui exécute la formule à la perfection, mais qui oublie de la réinventer.
Les prémices d’un avenir prometteur
Malgré son conservatisme, Gears of War 4 n’est pas un mauvais jeu. Techniquement, il est irréprochable et offre des séquences d’action spectaculaires. Surtout, il sème les graines de ce qui deviendra la force du prochain épisode. Le personnage de Kait Diaz se révèle rapidement comme le plus intéressant du nouveau trio, et son histoire personnelle, esquissée à la fin du jeu, laisse entrevoir un potentiel narratif bien plus riche. Gears of War 4 peut être vu comme une introduction nécessaire, un passage de flambeau un peu maladroit mais qui a le mérite de poser des bases saines pour l’avenir.
- Points forts : graphismes somptueux, gameplay toujours aussi efficace, mode Horde 3.0 excellent.
- Points faibles : scénario prévisible, nouveaux personnages fades, manque de prise de risque.
Alors que la série principale peinait à se renouveler, un autre spin-off allait prouver que la licence pouvait encore surprendre en changeant radicalement de genre.
Gears tactics : stratégie au cœur de l’action
Qui aurait cru que l’univers brutal et frénétique de Gears of War pourrait se marier avec la lenteur calculée d’un jeu de stratégie au tour par tour ? C’est pourtant le pari réussi de Gears Tactics. Ce préquel, qui se déroule juste après le Jour de l’Émergence, prouve que l’ADN de la série est bien plus adaptable qu’on ne le pensait. Il ne s’agit pas d’un simple clone de XCOM ; le jeu parvient à créer sa propre identité en injectant une dose d’agressivité typiquement “Gears” dans un genre habituellement plus posé.
Une adaptation brillante des mécaniques de jeu
La grande force de Gears Tactics est d’avoir su traduire l’essence du gameplay de la saga en règles tactiques. Le système de couverture, les tirs à la tête, et surtout les exécutions, tout y est. Exécuter un ennemi à terre ne sert pas qu’au spectacle : cela octroie un point d’action supplémentaire à tous les coéquipiers, incitant le joueur à prendre des risques et à adopter un style de jeu offensif. Cette mécanique change tout et donne aux combats un rythme unique, beaucoup plus rapide et dynamique que celui de ses concurrents. On ne subit pas l’avancée ennemie, on la provoque, on la démembre, tronçonneuse en avant. C’est du pur Gears, mais avec une couche de stratégie en plus.
Un ajout pertinent à l’univers
Au-delà de son gameplay intelligent, le jeu enrichit l’univers de la saga en se concentrant sur Gabe Diaz, le père de Kait. Le scénario, bien que classique, apporte un éclairage bienvenu sur les débuts de la guerre contre les Locustes et sur les origines du terrible général Ukkon. En donnant de l’épaisseur à un personnage clé pour la nouvelle trilogie, Gears Tactics se rend indispensable pour les fans qui souhaitent comprendre toutes les subtilités du récit de Gears 5.
Cette exploration réussie du passé d’un personnage a parfaitement préparé le terrain pour l’épisode suivant de la saga principale, qui allait justement mettre ce même personnage au centre de son récit.
Gears 5 : une épopée moderne avec Kait Diaz
Faisant suite à un Gears of War 4 jugé trop conservateur, Gears 5 prend le contre-pied total. Le studio The Coalition lâche enfin les chevaux et livre un épisode ambitieux, moderne et audacieux. Le changement le plus marquant est le passage de JD Fenix au second plan au profit de Kait Diaz, dont la quête personnelle devient le moteur de l’histoire. C’est un choix narratif fort qui donne un nouveau souffle à la saga.
Une narration plus intime et des choix cornéliens
En se concentrant sur Kait et sa connexion mystérieuse avec le Swarm, Gears 5 offre le récit le plus personnel et le plus poignant depuis la trilogie originale. Le joueur est plongé dans les tourments de l’héroïne, partagé entre son devoir envers la CGU et la recherche de ses origines. Cette introspection est une nouveauté bienvenue dans un univers souvent résumé à des muscles et des explosions. Le jeu se permet même d’inclure un choix final déchirant qui a un impact réel sur l’escouade, une première dans la série qui implique le joueur comme jamais auparavant. C’est la preuve que la saga a mûri.
L’exploration d’une nouvelle formule
Gears 5 innove également dans sa structure en introduisant des zones semi-ouvertes à explorer à bord d’un skiff. Ces environnements vastes, un désert de sable rouge et une toundra glacée, rompent avec la linéarité traditionnelle de la série. Si ces phases d’exploration peuvent parfois sembler un peu vides, elles apportent une respiration bienvenue entre les couloirs de combat et renforcent le sentiment d’être sur une planète dévastée. Techniquement éblouissant, généreux en contenu et porté par une histoire captivante, Gears 5 est sans conteste le meilleur opus de l’ère The Coalition.
| Élément de comparaison | Trilogie originale | Gears 5 |
|---|---|---|
| Structure de jeu | Campagne 100% linéaire | Alternance de chapitres linéaires et de zones semi-ouvertes |
| Narration | Focalisée sur l’escouade et la guerre | Focalisée sur le conflit interne d’un personnage |
| Protagoniste | Marcus Fenix | Kait Diaz |
Aussi réussi soit-il, ce renouveau n’aurait jamais pu exister sans les fondations exceptionnelles bâties par les trois premiers jeux, qui restent encore aujourd’hui des monuments du jeu d’action.
La trilogie originale : un héritage inoubliable
Nous entrons maintenant dans le panthéon, là où le débat ne porte plus sur la qualité, mais sur des nuances de perfection. La trilogie originale sur Xbox 360 n’a pas seulement défini une console, elle a redéfini tout un genre. Chaque opus a apporté sa pierre à l’édifice, créant une saga cohérente, épique et inoubliable.
Gears of War (2006) : l’acte fondateur
Le premier Gears of War est une révolution. En 2006, il est une démonstration technique ahurissante qui met en valeur la puissance de la Xbox 360. Mais au-delà de ses graphismes, c’est son gameplay qui change la donne. Le système de couverture dynamique devient instantanément un standard que des dizaines de jeux copieront. L’ambiance, sombre, violente et désespérée, est palpable. La découverte de l’arsenal, avec en tête l’iconique Lanzor et sa tronçonneuse, procure un sentiment de puissance jouissif. C’est un jeu brut, viscéral, qui pose des fondations d’une solidité à toute épreuve.
Gears of War 2 (2008) : la montée en puissance épique
Le deuxième opus applique à la lettre l’adage de la suite parfaite : “plus grand, plus sombre, plus fort”. Gears of War 2 élargit considérablement l’échelle du conflit. On ne se bat plus dans des ruines, on plonge au cœur de la planète pour affronter la horde locuste sur son propre terrain. Les séquences mémorables s’enchaînent, comme ce combat à l’intérieur d’un ver de pierre géant. Mais là où le jeu surpasse son aîné, c’est dans sa dimension émotionnelle. La quête tragique de Dom pour retrouver sa femme, Maria, apporte une profondeur inattendue à ces personnages de brutes et culmine dans une scène d’une tristesse infinie. Gears of War 2 n’est plus seulement un jeu d’action, c’est une épopée.
Gears of War 3 (2011) : la conclusion parfaite
Et tout en haut du podium, se trouve Gears of War 3. C’est l’aboutissement, la conclusion magistrale d’une des plus grandes trilogies du jeu vidéo. Cet épisode sublime tout ce qui a été fait auparavant. L’action est plus spectaculaire que jamais, le bestiaire ennemi est varié, et le gameplay, enrichi et poli à l’extrême, atteint un niveau de perfection rare. Le jeu brille surtout par sa capacité à mêler ces moments de bravoure à une charge émotionnelle constante. La guerre est à son paroxysme, l’humanité est au bord de l’extinction, et chaque victoire a le goût de la cendre. Le sacrifice héroïque de Dom reste l’un des moments les plus marquants de sa génération, une scène qui a arraché des larmes à des millions de joueurs. Avec sa campagne jouable à quatre en coopération et son scénario qui conclut de manière satisfaisante tous les arcs narratifs, Gears of War 3 est bien plus qu’un simple jeu. C’est une œuvre totale, le chef-d’œuvre indépassable de la saga.
La saga Gears of War a connu des bas, avec des spin-offs oubliables, et des hauts, avec des tentatives de modernisation audacieuses. Pourtant, malgré les qualités des épisodes récents, c’est bien la trilogie originale qui demeure le cœur battant de la franchise. De la révolution du premier opus à la maturité émotionnelle du second, c’est finalement le troisième épisode, conclusion épique et poignante, qui s’impose comme le sommet indétrônable de cette épopée guerrière, un monument du jeu d’action qui continue, des années après, de faire sentir le poids de son héritage.

